La Procure serait-elle encore un haut-lieu du chant grégorien...?
La librairie, au cours de son histoire a sûrement aidé à sa diffusion par la vente des livres au XIXe siècle. Aujourd'hui, elle joue toujours ce rôle auprès d'une clientèle de plus en plus nombreuse, en particulier pour tous les livres de l'abbaye de Solesmes.
Par ailleurs, dans nos rayons, près de 200 titres de CD peuvent vous permettre de découvrir tous les aspects de ce trésor musical séculaire.
Nous vous proposons de retracer brièvement cette histoire extraordinaire du chant grégorien, histoire complexe et peu connue, mais histoire passionnante qui vous permettra de mieux le connaître et ce, en remontant aux sources les plus lointaines.
Tout d'abord, ce chant est né sur les bords de la Méditerranée, avant de s'étendre peu à peu, au gré des chemins de la christianisation ambiante dans toute l'Europe. La langue latine s'imposera rapidement, supplantant le grec. Les mélodies, elles, demeureront plus libres dans leurs épanouissements respectifs, les grands répertoires de cette époque sont ceux d'Espagne, d'Italie du Nord et du Sud, ou de Gaule....
« Un texte qui a fleuri en musique », c'est l'aventure musicale étonnante qui est arrivée à la Bible, principale source des textes du corpus grégorien! Les psaumes, en particulier.
Jusqu'à l'arrivée de la notation sur un parchemin, aux alentours du IX° siècle, les mélodies étaient retenues par coeur.
Pour alléger la mémoire, le répertoire allant en augmentant à cause des nouvelles fêtes, les chantres ont commencé par noter le rythme à l'aide de signes plus ou moins complexes. Au fil des siècles, une modification progressive s'est effectuée dans cette écriture et c'est ainsi que du rythme initial on a glissé vers une notation de la hauteur des sons. Guy d'Arrezo, en inventant les quatre lignes, permettait de les placer sur cette portée. Il ne restait plus qu'à leur donner un nom, ce qu'il fit à partir de l'hymne de St Jean Baptiste :
Resonare fibris
mira gestorum
famulis tuorum
solve polluti
labii reatum
Sancte Ioannes
Dès lors le repertoire pouvait s'embellir de très nombreuses pièces. La mémoire était certes moins sollicitée, mais le travail du chantre restait très important sur le plan vocal.
Les siècles suivants (XIVe-XVIIIe) ont rabotté les mélodies fines et harmonieuses au profit de lignes plus raides et mesurées. A l'initiative de Dom Guéranger et grâce au travail patient des moines de Solesmes, une restauration du chant grégorien est entreprise. Elle ira de pair avec une restitution des mélodies par une comparaison scientifique entre les répertoires. Dom Jausions, Dom Pothier, Dom Cardine, Dom Claire, quelques noms entre autres, qui ont marqué l'histoire passionante de ce chant qui vit dans et par la liturgie célebrée.
Hors du monde monastique ou ecclésial, les musicologues depuis une trentaine d'années se sont penchés, à leur tour, sur la question de l'interprétation et livrent aujourd'hui le fruit de leurs travaux dans de nombreux CD. On pense en particulier en France à Marcel Péres, Anne Marie Deschamps, Marie-Noëlle Colette, Damien Poisblaud... Parfois déroutant, le choix de leur lecture ne manque pas d'interêt, bien au contraire il renouvelle véritablement le champ de l'interprétation.
Un repertoire à découvrir.
Le chant grégorien développe son vaste répertoire, quelques milliers de pièces, presque exclusivement à travers la messe et l'office :
-La messe avec les cinq pièces du Propre : Introït, Graduel, Alleluia (ou Trait en carême), Offertoire et Communion. Mais aussi, les cinq pièces de l'Ordinaire : Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus.
-L'Office, quant à lui, révèle le trésor des antiennes qui illuminent les psaumes, les répons qui « répondent » aux lectures, et les hymnes qui enchantent les Heures de la journée : Laudes, Vêpres, Complies...
Le Chant Grégorien et le disque à la Procure
Les premiers enregistrements de chant grégorien datent des années 1930, Ce sont de vieux 78 tours .... dont on retrouve aujourd'hui trace dans un CD de Solesmes. Dans les années après guerre, le Studio SM, avec son studio ambulant, faisait le tour de France des monastères. Maurice Robrot déployait toute sa patience pour convaincre les communautés qu'elle avait un trésor qui devait sauter les murs de clôture ! Il révèle avec ses enregitrements cette richesse du répertoire qui se chante au fil des fêtes de l'année liturgique. La collection Immortel Grégorien, avec plus d'une dizaine de CD, devient le monument incontournable des discothèques des particuliers.
Le chant Grégorien ne se limite pas à la « Messe des Anges » et à quelques pièces, souvent composées au 19ème siècle, qui sont pour beaucoup une délicieuse « madeleine de Proust ».
Le chant grégorien est avant tout un moment de louange où les mots parfois disparaissent au profit d'une envolée musicale, d'un jubilus. C'est l'invitation à une forme de prière où le coeur se met à l'écoute de ceux qui ont écrit et véhiculé cette musique à travers les siècles. C'est une musique qui se laisse découvrir avec patience et dont on ne peut se lasser.
De temps en temps, les médias attirent nos oreilles vers de nouveaux horizons musicaux et mystiques. Dans les années 80, par exemple, l'abbaye de Silos en Espagne vendra plus d'un million de CD, tandis qu'en 2005, les radios révèleront la voix de moines autrichiens de Heiligenkreuz, jusque là inconnue pour beaucoup... Aujourd'hui, c'est au tour des soeurs du Barroux d'être sous les feux des projecteurs...
responsable du rayon musique
Notre libraire-disquaire connait parfaitement ce rayon et peut être du meilleur conseil si vous le souhaitez.Vous pouvez lui poser des questions sur une boite qu'il consulte régulièrement.



