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livre numérique Au bonheur des chats

Au bonheur des chats

Archipel (septembre 2007)

Résumé

DU MÊME AUTEURAutrement, ailleurs, poèmes, Robert Viel, 1977.Portrait de Gabriel, roman, Gallimard, 1977.Le Bal des débutantes, roman, Gallimard, 1978.Les Abîmes du cœur, roman, Gallimard, 1980.Histoire de Jeanne, transsexuelle, avec Jeanne Nolais, document, Mazarine, 1980.Les Petites Annonces, roman, Gallimard, 1981.La Favorite, roman, Gallimard, 1982.La Nuit de Varennes, ou l’Impossible n’est pas français, essai, Ramsay, 1982.Tentation, roman, Denoël, 1983.Triomphe de l’amour, roman, Gallimard, 1983.Kidnapping, théâtre, Gallimard, 1984.Regards de femmes, roman, Presses de la Renaissance, 1984.Soleil, roman, Gallimard, 1985.Brigitte Bardot, un mythe français, biographie, Olivier Orban, 1986.Retour à Cythère, roman, Gallimard, 1988.La Petite Princesse de Dieu. La Vie de sainte Thérèse de Lisieux, biographie, Plon, 1992.Le Plus Beau Jour de votre vie, nouvelles, Écriture, 1994.Dalida, avec Orlando, biographie, Plon, 1995.La Dame au loup, roman, Stock, 1998.La Chambre de feu, roman, Éditions du Rocher, 2002.La Société de la fin du spectacle, avec Olivier Schatzky, essai, Éditions du Rocher, 2003.Les Maîtres du sens : Bergman, Fassbinder, Lynch, Pasolini, Visconti et quelques autres, « Carré Cinéma », essai, Séguier, 2005.Si vous souhaitez recevoir notre catalogueet être tenu au courant de nos publications,envoyez vos nom et adresse, en citant celivre, aux Éditions de l’Archipel,34, rue des Bourdonnais 75001 Paris.Et, pour le Canada, àÉdipresse Inc., 945, avenue Beaumont,Montréal, Québec, H3N 1W3.eISBN 978-2-8098-1213-8 Copyright © L’Archipel, 2007.Les chats puissants et doux,orgueil de la maison …Charles BaudelaireFélicitéLe mot feles, « chat », voisine en latin avec felix, « heureux ». D’où Félix le Chat, la célèbre créature dessinée. Depuis toujours, chat et bonheur s’accordent. Dès l’Égypte ancienne, puis dans la tradition chrétienne, le chat est détenteur de connaissance. Mahomet, dit-on, l’avait perçu, qui accorda au chat une âme et même plusieurs. Dans l’hindouisme, Shiva lui attribua neuf vies, afin qu’il puisse, à travers ses réincarnations, transmettre aux hommes ses enseignements.Le chat est mystère. Quel est donc ce savoir ésotérique qu’il est censé détenir, au nom duquel il fut autrefois déifié, brûlé ensuite sous l’Inquisition ? Il s’agit, tout simplement, du secret du bonheur terrestre que l’homme a perdu avec la Chute. Les chats viennent de très loin pour nous aider à le retrouver.Ceux d’entre eux qui, tels les personnages d’un roman, traversent ce livre, m’ont chargée de transmettre leur message. Je me suis efforcée de le mettre en mots. À un moment, j’ai eu l’impression d’entrer en contact avec l’âme des chats. J’espère que le lecteur en retirera autant de bienfaits que moi en écrivant. Et je remercie tous ceux qui, apprenant que je travaillais sur ce sujet, s’éclairaient et me narraient aussitôt une de ces « histoires extraordinaires  » que chérissent les amateurs de chats :— Il faut absolument que tu racontes ça…Histoire d’eauEnfant je lisais et relisais un livre de contes et légendes des animaux. Dans une version arabe du mythe de l’arche de Noé, un couple de souris s’en donnait à cœur joie sur l’embarcation. Elles s’y ennuyaient un peu et, pour se distraire, s’aimaient à longueur de temps. Une horde de souriceaux en résulta. La famille Rongeur dévorait les stocks de grain entreposés par Noé, mettant en péril la survie des autres bêtes. Le patriarche inquiet consulta le lion. Le roi des animaux plissa dédaigneusement les yeux et éternua. De chaque auguste narine un chat fut expulsé. Ce genre de naissance n’étonne pas dans la mythologie : le chat y est donc le fils du lion.Les félins se mirent sans tarder au travail et les hôtes indésirables cessèrent de nuire. Les chats acquirent alors un statut privilégié : on les célébra, on déposa devant eux des offrandes. Habitués à se laisser adorer, ils devinrent, à l’instar de leur redoutable père, un peu arrogants et même paresseux. Ils finirent par exaspérer Noé qui, une tempête s’élevant, les attacha sur le pont pour leur apprendre à vivre. Les chats passèrent un mauvais quart d’heure, mais ils acquirent le sens de l’équilibre. Le calme revenu, ils craignirent l’eau. Mais ils continuèrent à raffoler du poisson, leur nourriture première.Morale de la fable : les chats retombent (presque) toujours sur leurs pattes. Ils s’ingénient à rétablir le sens de l’équilibre chez les humains, êtres instables. Ce sont des animaux extrêmement utiles, à condition de ne pas trop leur en demander…On comprend mieux ce que le chat a de royal, puisque le lion est son père symbolique. Sur les peintures rupestres de la grotte Chauvet, les lions, alors présents sur le continent européen, ont la même expression que les chats d’aujourd’hui. En les domestiquant, nous les avons rendus petits et vulnérables ; mais il n’est de plus longue mémoire que la leur.Cha-cha-chaAffectueusement, ma mère m’appelait Cat. Comme elle n’aimait pas trop ces animaux, j’en déduisis que je l’inquiétais un peu. Reconnaissait-elle secrètement en moi une incarnation antérieure ?Comme souvent, ma fascination pour les chats s’est longtemps mêlée de peur. Jeune femme, je me mis à rêver de félins : d’abord un très joli chaton blanc enfermé dans une cage dorée et qui, soudain, à travers les barreaux, se mettait à griffer ; puis des tigres qui rôdaient dans mon appartement. Je compris que les chats venaient me parler en songe. Ils m’avertissaient des changements nécessaires dans ma vie, des périls qui me guettaient.À nouveau, il y a peu, j’ai rêvé du même chaton de ma jeunesse. Il n’était plus en cage et se tenait bien tranquille. J’en conclus que ce qui m’inquiétait et me plaisait à la fois chez les chats, c’est la partie de ma nature qui s’autorise difficilement à exister : la femme libre.Une voyante, gitane espagnole, m’a dit que j’avais des yeux de félin et que c’est cela qui, en moi, trouble les hommes. C’est cette liberté qu’ils redoutent et dont eux-mêmes auraient bien besoin. Je l’ai pourtant durement acquise, comme les chats pour qui la vie est une danse où la grâce est de retarder à l’infini la chute.Le cha-cha-cha à la mode quand j’étais enfant me semblait imiter les mouvements de deux chats qui se guettent, s’attirent, se méfient, s’éloignent et se rapprochent de nouveau. J’avais inventé une chanson bien rythmée, « le cha-cha-cha des chats-chats-chats  ». Dès que je la chantais, l’esprit des félins m’investissait, la balourdise me quittait et je dansais très bien…La voyante espagnole, discernant dans mes pupilles le chat qui dort en moi, me dit encore que les autres le craindraient moins si je ne le redoutais moi-même.Écrire ce livre, c’est assumer pleinement mon chat intérieur. Peut-être, lecteur, y découvriras-tu aussi le tien. Car c’est un archétype surgi du plus loin du monde. Il aide à retrouver la part perdue, la part qui met à part, la part mystérieuse d’un moi profond. Il a été tout au long de ma vie mon ami et mon guide. Je suis heureuse de lui rendre ici hommage.FrankencatC’est un virus qui s’attrape très tôt et ne vous lâche plus. Le chat intérieur surprend toujours, il sort de l’ombre quand on ne l’attend pas. On aime les chats dès l’enfance et pour la vie, bien qu’il y ait aussi des découvertes tardives. On est enchatté comme on est enrhumé, mais c’est plus agréable. Sauf pour les allergiques : commençons donc par le pire.Chez certains, le chat provoque éternuements, nez coulant, yeux qui pleurent et soupirs asthmatiques. Ils continuent parfois à apprécier les félins et se languissent loin d’eux. Un laboratoire américain a trouvé la solution, par manipulation génétique : le chat antiallergique. Un animal pour snobs, difficile à se procurer. Il faut d’abord prouver que l’on est vraiment allergique au poil de chat. Ceci fait, un spécimen vous est fourni, moyennant quatre mille dollars.Un jour, une jeune femme pénétrant pour la première fois chez moi se mit quasiment à hurler :— Quoi ! Il y a un chat ! Je suis allergique !Je dus enfermer mon Tarzan au fond de l’appartement. Toute la soirée, la visiteuse me toisa avec reproche, comme si j’étais coupable d’un crime. Je compris qu’à ses yeux j’avais simplement commis celui d’exister. Je ne me trompais pas : à la première occasion, elle me trahit. Depuis, dans ces cas-là, je me méfie. Les allergies sont toujours signifiantes. Ce qu’on ne supporte pas, c’est ce qui vous interpelle. À cette jeune femme, le chat universel disait quelque chose qu’elle ne voulait pas entendre. Dis-moi qui est ton chat, je te dirai qui tu es.C’est le premier chat qui coûteLe premier s’appelait Richelieu. Une petite photo en noir et blanc aux bords dentelés, typique des années cinquante, me montre devant la maison que mes parents venaient de faire construire sur les hauteurs de la ville, derrière le Jardin des Plantes. J’ai deux ans et demi, une frange et des couettes, je porte une robe en jacquard de laine rouge à gros nœuds blancs tricotée par ma grand-mère. J’ai des souvenirs très précoces. Cette robe me plaisait beaucoup et je me la rappelle clairement. Je suis sur le perron et mon père se tient une marche plus bas. Il porte un pantalon de whipcord beige et une veste de Harris tweed dans les mêmes tons, avec des chaussures mickey en cuir brun et blanc. Il était toujours très élégant. D’une main dans mon dos, il me pousse à sourire à l’objectif. Mais, le chat dans les bras, je baisse la tête, concentrée sur mon effort.Richelieu est presque aussi grand que moi. Je suis très fière de le porter. C’est moi qui ai voulu poser avec lui. Je sens bien qu’il préférerait s’en aller ! J’ai beaucoup de mal à ne pas le laisser choir. Je le serre contre mon ventre, mais il est trop lourd. Il me faut tenir juste le temps de la photo, or comment sourire dans ces conditions ? Richelieu est rayé noir et gris, avec des chaussettes blanches et un museau enfariné. Les chats se méfient à raison des petits enfants. Lui se laisse faire par pure gentillesse, pourtant il regarde mon père avec un air de détresse :— Fais quelque chose, tire-moi de là !Richelieu avait une majesté de matou, une grosse tête ronde qui en imposait. Il aimait mon père, comme tous les animaux. Son nom ne lui convenait pas vraiment : il ressemblait plutôt à Jean Gabin. C’était un animal du genre Quai des brumes.Les chats préfèrent habituellement les personnes du sexe opposé, mais ma mère tolérait Richelieu par amour pour mon père ; le chat, lui, me tolérait parce que j’étais sa fille. À cette époque rustique, les chats couchaient dehors et engrossaient les femelles du voisinage en toute liberté les nuits de pleine lune. C’est un mode de vie risqué, mais ce qui ne tue pas rend fort : Richelieu était un mec, un vrai. S’il faisait avec nous patte de velours, il se déchaînait à l’approche des oiseaux.Il fut notre premier chat politique. Ensuite vinrent Pompidou et Giscard. Quand Mitterrand fut élu, mon père, devenu conservateur avec l’âge, s’écria qu’il ne pouvait quand même pas donner à un chat un nom de grenouille. En réaction, mon frère rapporta de la SPA un gros tigré qu’il baptisa Karl Marx et qui vécut longtemps, mais prit un coup de vieux manifeste lors de la chute du rideau de fer.Au temps de Richelieu, je n’avais pas encore appris à faire la différence entre un chat et un humain, et n’avais pas compris que les animaux sont censés appartenir à un règne inférieur. Richelieu m’impressionnait beaucoup. Il se déplaçait avec majesté et considérait toute chose avec la noblesse du cœur. Il m’évitait mais finissait par se laisser approcher d’un air un peu las. Je le respectais trop pour l’embêter, sauf un jour où je voulus vérifier ce que mon père avait prédit :— Si tu lui tires la queue, il s’en ira.Je lui tirai la queue : peu après il disparut. Je m’en voulus longtemps. Tirer la queue de Richelieu, c’était attenter à sa dignité. Derrière l’interdiction de mon père se cachait une chose mystérieuse, que les petites filles ne doivent ni faire ni savoir. Mais je comprenais déjà que les choses défendues sont généralement amusantes. Qu’il existe un Richelieu homme d’État, j’en avais une certaine idée car mon père portait des sous-vêtements d’une marque répandue à l’époque, et j’avais vu ma mère en acheter :— C’est pour ton père.Sur le paquet figurait le célèbre portrait du cardinal par Philippe de Champaigne. Le cardinal était un grand amateur de chats. Il en avait une quinzaine dans sa chatterie et employait deux domestiques à leur service. Mais Richelieu étant un homme d’Église, lui tirer la queue était doublement interdit.Ne réveillez pas le chat qui dortLe chat a une fantastique capacité de sommeil : il lui en faut seize à dix-huit heures par jour. Rien de plus vivant que lui, pourtant il sait très bien faire le mort. Certains animaux s’immobilisent à l’approche du danger, comme le lapin sous les phares d’une voiture : c’est dire qu’on n’est pas dangereux, espérer passer inaperçu. Pas besoin d’attaquer celui qui est déjà out.Chez le chat, la capacité à l’immobilité est moins celle de la victime que du prédateur. Il y a dans cette ruse une sorte d’innocence : le chat qui s’aplatit pour guetter un oiseau ignore que sa queue bouge quand même, trahissant son impatience. L’oiseau s’en rend très bien compte et le nargue, c’est le couple infernal de Titi et Grosminet, et qui peut s’empêcher de voter pour le canari ?Le chat immobile n’espère pas vraiment être invisible. Il regroupe ses forces afin de mobiliser l’énergie qui le fera jaillir comme une flèche. Quand il veut, le félin disparaît vraiment ; il est doué pour se cacher et doit son pelage tigré à la nécessité de se fondre dans le désert, son premier habitat.Sommeil ne se confond pas chez lui avec flemme : le chat ne dort que d’un œil. Roupillant, il travaille ; vrai artiste, c’est ainsi que les idées lui viennent. Il a de petits mouvements en rêvant qui le trahissent. Adepte de la visualisation créative, il tète dans le vide en se demandant ce qu’il mangera pour dîner et tricote des pattes pour se préparer à bondir sur sa prochaine proie.

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Résumé

DU MÊME AUTEURAutrement, ailleurs, poèmes, Robert Viel, 1977.Portrait de Gabriel, roman, Gallimard, 1977.Le Bal des débutantes, roman, Gallimard, 1978.Les Abîmes du cœur, roman, Gallimard, 1980.Histoire de Jeanne, transsexuelle, avec Jeanne Nolais, document, Mazarine, 1980.Les Petites Annonces, roman, Gallimard, 1981.La Favorite, roman, Gallimard, 1982.La Nuit de Varennes, ou l’Impossible n’est pas français, essai, Ramsay, 1982.Tentation, roman, Denoël, 1983.Triomphe de l’amour, roman, Gallimard, 1983.Kidnapping, théâtre, Gallimard, 1984.Regards de femmes, roman, Presses de la Renaissance, 1984.Soleil, roman, Gallimard, 1985.Brigitte Bardot, un mythe français, biographie, Olivier Orban, 1986.Retour à Cythère, roman, Gallimard, 1988.La Petite Princesse de Dieu. La Vie de sainte Thérèse de Lisieux, biographie, Plon, 1992.Le Plus Beau Jour de votre vie, nouvelles, Écriture, 1994.Dalida, avec Orlando, biographie, Plon, 1995.La Dame au loup, roman, Stock, 1998.La Chambre de feu, roman, Éditions du Rocher, 2002.La Société de la fin du spectacle, avec Olivier Schatzky, essai, Éditions du Rocher, 2003.Les Maîtres du sens : Bergman, Fassbinder, Lynch, Pasolini, Visconti et quelques autres, « Carré Cinéma », essai, Séguier, 2005.Si vous souhaitez recevoir notre catalogueet être tenu au courant de nos publications,envoyez vos nom et adresse, en citant celivre, aux Éditions de l’Archipel,34, rue des Bourdonnais 75001 Paris.Et, pour le Canada, àÉdipresse Inc., 945, avenue Beaumont,Montréal, Québec, H3N 1W3.eISBN 978-2-8098-1213-8 Copyright © L’Archipel, 2007.Les chats puissants et doux,orgueil de la maison …Charles BaudelaireFélicitéLe mot feles, « chat », voisine en latin avec felix, « heureux ». D’où Félix le Chat, la célèbre créature dessinée. Depuis toujours, chat et bonheur s’accordent. Dès l’Égypte ancienne, puis dans la tradition chrétienne, le chat est détenteur de connaissance. Mahomet, dit-on, l’avait perçu, qui accorda au chat une âme et même plusieurs. Dans l’hindouisme, Shiva lui attribua neuf vies, afin qu’il puisse, à travers ses réincarnations, transmettre aux hommes ses enseignements.Le chat est mystère. Quel est donc ce savoir ésotérique qu’il est censé détenir, au nom duquel il fut autrefois déifié, brûlé ensuite sous l’Inquisition ? Il s’agit, tout simplement, du secret du bonheur terrestre que l’homme a perdu avec la Chute. Les chats viennent de très loin pour nous aider à le retrouver.Ceux d’entre eux qui, tels les personnages d’un roman, traversent ce livre, m’ont chargée de transmettre leur message. Je me suis efforcée de le mettre en mots. À un moment, j’ai eu l’impression d’entrer en contact avec l’âme des chats. J’espère que le lecteur en retirera autant de bienfaits que moi en écrivant. Et je remercie tous ceux qui, apprenant que je travaillais sur ce sujet, s’éclairaient et me narraient aussitôt une de ces « histoires extraordinaires  » que chérissent les amateurs de chats :— Il faut absolument que tu racontes ça…Histoire d’eauEnfant je lisais et relisais un livre de contes et légendes des animaux. Dans une version arabe du mythe de l’arche de Noé, un couple de souris s’en donnait à cœur joie sur l’embarcation. Elles s’y ennuyaient un peu et, pour se distraire, s’aimaient à longueur de temps. Une horde de souriceaux en résulta. La famille Rongeur dévorait les stocks de grain entreposés par Noé, mettant en péril la survie des autres bêtes. Le patriarche inquiet consulta le lion. Le roi des animaux plissa dédaigneusement les yeux et éternua. De chaque auguste narine un chat fut expulsé. Ce genre de naissance n’étonne pas dans la mythologie : le chat y est donc le fils du lion.Les félins se mirent sans tarder au travail et les hôtes indésirables cessèrent de nuire. Les chats acquirent alors un statut privilégié : on les célébra, on déposa devant eux des offrandes. Habitués à se laisser adorer, ils devinrent, à l’instar de leur redoutable père, un peu arrogants et même paresseux. Ils finirent par exaspérer Noé qui, une tempête s’élevant, les attacha sur le pont pour leur apprendre à vivre. Les chats passèrent un mauvais quart d’heure, mais ils acquirent le sens de l’équilibre. Le calme revenu, ils craignirent l’eau. Mais ils continuèrent à raffoler du poisson, leur nourriture première.Morale de la fable : les chats retombent (presque) toujours sur leurs pattes. Ils s’ingénient à rétablir le sens de l’équilibre chez les humains, êtres instables. Ce sont des animaux extrêmement utiles, à condition de ne pas trop leur en demander…On comprend mieux ce que le chat a de royal, puisque le lion est son père symbolique. Sur les peintures rupestres de la grotte Chauvet, les lions, alors présents sur le continent européen, ont la même expression que les chats d’aujourd’hui. En les domestiquant, nous les avons rendus petits et vulnérables ; mais il n’est de plus longue mémoire que la leur.Cha-cha-chaAffectueusement, ma mère m’appelait Cat. Comme elle n’aimait pas trop ces animaux, j’en déduisis que je l’inquiétais un peu. Reconnaissait-elle secrètement en moi une incarnation antérieure ?Comme souvent, ma fascination pour les chats s’est longtemps mêlée de peur. Jeune femme, je me mis à rêver de félins : d’abord un très joli chaton blanc enfermé dans une cage dorée et qui, soudain, à travers les barreaux, se mettait à griffer ; puis des tigres qui rôdaient dans mon appartement. Je compris que les chats venaient me parler en songe. Ils m’avertissaient des changements nécessaires dans ma vie, des périls qui me guettaient.À nouveau, il y a peu, j’ai rêvé du même chaton de ma jeunesse. Il n’était plus en cage et se tenait bien tranquille. J’en conclus que ce qui m’inquiétait et me plaisait à la fois chez les chats, c’est la partie de ma nature qui s’autorise difficilement à exister : la femme libre.Une voyante, gitane espagnole, m’a dit que j’avais des yeux de félin et que c’est cela qui, en moi, trouble les hommes. C’est cette liberté qu’ils redoutent et dont eux-mêmes auraient bien besoin. Je l’ai pourtant durement acquise, comme les chats pour qui la vie est une danse où la grâce est de retarder à l’infini la chute.Le cha-cha-cha à la mode quand j’étais enfant me semblait imiter les mouvements de deux chats qui se guettent, s’attirent, se méfient, s’éloignent et se rapprochent de nouveau. J’avais inventé une chanson bien rythmée, « le cha-cha-cha des chats-chats-chats  ». Dès que je la chantais, l’esprit des félins m’investissait, la balourdise me quittait et je dansais très bien…La voyante espagnole, discernant dans mes pupilles le chat qui dort en moi, me dit encore que les autres le craindraient moins si je ne le redoutais moi-même.Écrire ce livre, c’est assumer pleinement mon chat intérieur. Peut-être, lecteur, y découvriras-tu aussi le tien. Car c’est un archétype surgi du plus loin du monde. Il aide à retrouver la part perdue, la part qui met à part, la part mystérieuse d’un moi profond. Il a été tout au long de ma vie mon ami et mon guide. Je suis heureuse de lui rendre ici hommage.FrankencatC’est un virus qui s’attrape très tôt et ne vous lâche plus. Le chat intérieur surprend toujours, il sort de l’ombre quand on ne l’attend pas. On aime les chats dès l’enfance et pour la vie, bien qu’il y ait aussi des découvertes tardives. On est enchatté comme on est enrhumé, mais c’est plus agréable. Sauf pour les allergiques : commençons donc par le pire.Chez certains, le chat provoque éternuements, nez coulant, yeux qui pleurent et soupirs asthmatiques. Ils continuent parfois à apprécier les félins et se languissent loin d’eux. Un laboratoire américain a trouvé la solution, par manipulation génétique : le chat antiallergique. Un animal pour snobs, difficile à se procurer. Il faut d’abord prouver que l’on est vraiment allergique au poil de chat. Ceci fait, un spécimen vous est fourni, moyennant quatre mille dollars.Un jour, une jeune femme pénétrant pour la première fois chez moi se mit quasiment à hurler :— Quoi ! Il y a un chat ! Je suis allergique !Je dus enfermer mon Tarzan au fond de l’appartement. Toute la soirée, la visiteuse me toisa avec reproche, comme si j’étais coupable d’un crime. Je compris qu’à ses yeux j’avais simplement commis celui d’exister. Je ne me trompais pas : à la première occasion, elle me trahit. Depuis, dans ces cas-là, je me méfie. Les allergies sont toujours signifiantes. Ce qu’on ne supporte pas, c’est ce qui vous interpelle. À cette jeune femme, le chat universel disait quelque chose qu’elle ne voulait pas entendre. Dis-moi qui est ton chat, je te dirai qui tu es.C’est le premier chat qui coûteLe premier s’appelait Richelieu. Une petite photo en noir et blanc aux bords dentelés, typique des années cinquante, me montre devant la maison que mes parents venaient de faire construire sur les hauteurs de la ville, derrière le Jardin des Plantes. J’ai deux ans et demi, une frange et des couettes, je porte une robe en jacquard de laine rouge à gros nœuds blancs tricotée par ma grand-mère. J’ai des souvenirs très précoces. Cette robe me plaisait beaucoup et je me la rappelle clairement. Je suis sur le perron et mon père se tient une marche plus bas. Il porte un pantalon de whipcord beige et une veste de Harris tweed dans les mêmes tons, avec des chaussures mickey en cuir brun et blanc. Il était toujours très élégant. D’une main dans mon dos, il me pousse à sourire à l’objectif. Mais, le chat dans les bras, je baisse la tête, concentrée sur mon effort.Richelieu est presque aussi grand que moi. Je suis très fière de le porter. C’est moi qui ai voulu poser avec lui. Je sens bien qu’il préférerait s’en aller ! J’ai beaucoup de mal à ne pas le laisser choir. Je le serre contre mon ventre, mais il est trop lourd. Il me faut tenir juste le temps de la photo, or comment sourire dans ces conditions ? Richelieu est rayé noir et gris, avec des chaussettes blanches et un museau enfariné. Les chats se méfient à raison des petits enfants. Lui se laisse faire par pure gentillesse, pourtant il regarde mon père avec un air de détresse :— Fais quelque chose, tire-moi de là !Richelieu avait une majesté de matou, une grosse tête ronde qui en imposait. Il aimait mon père, comme tous les animaux. Son nom ne lui convenait pas vraiment : il ressemblait plutôt à Jean Gabin. C’était un animal du genre Quai des brumes.Les chats préfèrent habituellement les personnes du sexe opposé, mais ma mère tolérait Richelieu par amour pour mon père ; le chat, lui, me tolérait parce que j’étais sa fille. À cette époque rustique, les chats couchaient dehors et engrossaient les femelles du voisinage en toute liberté les nuits de pleine lune. C’est un mode de vie risqué, mais ce qui ne tue pas rend fort : Richelieu était un mec, un vrai. S’il faisait avec nous patte de velours, il se déchaînait à l’approche des oiseaux.Il fut notre premier chat politique. Ensuite vinrent Pompidou et Giscard. Quand Mitterrand fut élu, mon père, devenu conservateur avec l’âge, s’écria qu’il ne pouvait quand même pas donner à un chat un nom de grenouille. En réaction, mon frère rapporta de la SPA un gros tigré qu’il baptisa Karl Marx et qui vécut longtemps, mais prit un coup de vieux manifeste lors de la chute du rideau de fer.Au temps de Richelieu, je n’avais pas encore appris à faire la différence entre un chat et un humain, et n’avais pas compris que les animaux sont censés appartenir à un règne inférieur. Richelieu m’impressionnait beaucoup. Il se déplaçait avec majesté et considérait toute chose avec la noblesse du cœur. Il m’évitait mais finissait par se laisser approcher d’un air un peu las. Je le respectais trop pour l’embêter, sauf un jour où je voulus vérifier ce que mon père avait prédit :— Si tu lui tires la queue, il s’en ira.Je lui tirai la queue : peu après il disparut. Je m’en voulus longtemps. Tirer la queue de Richelieu, c’était attenter à sa dignité. Derrière l’interdiction de mon père se cachait une chose mystérieuse, que les petites filles ne doivent ni faire ni savoir. Mais je comprenais déjà que les choses défendues sont généralement amusantes. Qu’il existe un Richelieu homme d’État, j’en avais une certaine idée car mon père portait des sous-vêtements d’une marque répandue à l’époque, et j’avais vu ma mère en acheter :— C’est pour ton père.Sur le paquet figurait le célèbre portrait du cardinal par Philippe de Champaigne. Le cardinal était un grand amateur de chats. Il en avait une quinzaine dans sa chatterie et employait deux domestiques à leur service. Mais Richelieu étant un homme d’Église, lui tirer la queue était doublement interdit.Ne réveillez pas le chat qui dortLe chat a une fantastique capacité de sommeil : il lui en faut seize à dix-huit heures par jour. Rien de plus vivant que lui, pourtant il sait très bien faire le mort. Certains animaux s’immobilisent à l’approche du danger, comme le lapin sous les phares d’une voiture : c’est dire qu’on n’est pas dangereux, espérer passer inaperçu. Pas besoin d’attaquer celui qui est déjà out.Chez le chat, la capacité à l’immobilité est moins celle de la victime que du prédateur. Il y a dans cette ruse une sorte d’innocence : le chat qui s’aplatit pour guetter un oiseau ignore que sa queue bouge quand même, trahissant son impatience. L’oiseau s’en rend très bien compte et le nargue, c’est le couple infernal de Titi et Grosminet, et qui peut s’empêcher de voter pour le canari ?Le chat immobile n’espère pas vraiment être invisible. Il regroupe ses forces afin de mobiliser l’énergie qui le fera jaillir comme une flèche. Quand il veut, le félin disparaît vraiment ; il est doué pour se cacher et doit son pelage tigré à la nécessité de se fondre dans le désert, son premier habitat.Sommeil ne se confond pas chez lui avec flemme : le chat ne dort que d’un œil. Roupillant, il travaille ; vrai artiste, c’est ainsi que les idées lui viennent. Il a de petits mouvements en rêvant qui le trahissent. Adepte de la visualisation créative, il tète dans le vide en se demandant ce qu’il mangera pour dîner et tricote des pattes pour se préparer à bondir sur sa prochaine proie.

Fiche technique

Famille :

Sous famille :

Format :
epub

EAN13 :
9782809812138