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livre numérique Contradictions et invraisemblances dans la Bible

Contradictions et invraisemblances dans la Bible

Archipel (octobre 2013)

Résumé

Si vous souhaitez prendre connaissance de notre catalogue :www.editionsarchipel.comPour être tenu au courant de nos nouveautés :http://www.facebook.com/larchipelISBN 9782809813623Copyright © L’Archipel, 2013.DANS LA MêME COLLECTION500 ans d’impostures scientifiques, L’Archipel, 2013.4 000 ansde mystifications historiques, L’Archipel, 2011 ; Archipoche, 2013.Joséphine, l’obsession de Napoléon, L’Archipel, 2011.Le Krach du sperme, avec le Dr Pierre Dutertre, L’Archipel, 2010.Jurassic France, L’Archipel, 2009.Saladin, chevalier de l’islam, L’Archipel, 2008.Padre Pio, ou les prodiges du mysticisme, Presses du Châtelet, 2008.Le Secret de l’Auberge rouge, L’Archipel, 2007.Le tourisme va mal ? Achevons-le !, Max Milo, 2007.Marie-Antoinette, la rose écrasée, L’Archipel, 2006 ; Archipoche, 2008.Saint-Germain, l’homme qui ne voulait pas mourir :   I. Le Masque venu de nulle part, L’Archipel, 2005 ; Archipoche, 2008.   II. Les Puissances de l’invisible, L’Archipel, 2005 ; Archipoche, 2008.Cargo, la religion des humiliés du Pacifique, Calmann-Lévy, 2005.Et si c’était lui ?, L’Archipel, 2005 ; Archipoche, 2013.L’Affaire Marie-Madeleine, Lattès, 2002.Mourir pour New York ? Max Milo, 2002.Le Mauvais Esprit, Max Milo, 2001.Les Cinq Livres secrets dans la Bible, Lattès, 2001.Histoire générale de l’antisémitisme, Lattès, 1999.Balzac, une conscience insurgée, Éditions n° 1, 1999.Histoire générale de Dieu, Robert Laffont, 1997.Coup de gueule contre les gens qui se croient de droite et quelquesautres qui se disent de gauche, Ramsay, 1995.Histoire générale du Diable, Robert Laffont, 1993.La Messe de saint Picasso, Robert Laffont, 1989.Les Grandes Inventions du monde moderne, Bordas, 1989.L’homme qui devint Dieu :I. Le Récit, Robert Laffont, 1988.II. Les Sources, Robert Laffont, 1989.III. L’Incendiaire, Robert Laffont, 1991.IV. Jésus de Srinagar, Robert Laffont, 1995.Requiem pour Superman, Robert Laffont, 1988.Les Grandes Inventions de l’humanité jusqu’en 1850, Bordas, 1988.Les Grandes Découvertes de la science, Bordas, 1987.Bouillon de culture, Robert Laffont, 1986 (avec Bruno Lussato).La Fin de la vie privée, Calmann-Lévy, 1978.L’Alimentation suicide, Fayard, 1973.AVANT-PROPOSLa Bible est le livre le plus révéré des Juifs depuis plus de trois mille ans et des chrétiens depuis deux mille ans et l’adjonction du Nouveau Testament. Considéré comme révélé, c’est-à-dire dicté par l’inspiration divine, il a à son tour dicté la morale et les lois humaines. À ce jour, par exemple, les présidents des États-Unis d’Amérique prêtent serment sur la Bible quand ils prennent leurs fonctions.Ce statut exceptionnel n’a pas suspendu l’attention de ceux qui lisaient le texte d’un œil vigilant. La lecture critique des deux Testaments commença assez tôt. Ainsi au XIe siècle, le médecin juif Isaac Ibn Yashoush, attaché à la cour musulmane de Grenade (autres temps !), avait noté un anachronisme contraire à la tradition. Celle-ci, en effet, soutenait que Moïse avait été l’auteur de la Genèse ; or, la liste des rois édomites énumérés dans ce Livre (XXXVI) ne pouvait pas avoir été établie par lui, étant donné que ces rois avaient régné longtemps après sa mort. Au siècle suivant, le rabbin Abraham Ibn Ezra se contenta de surnommer Yashoush, « Isaac le Gaffeur ».Mais ces égratignures à l’autorité de la Bible restaient mineures et leurs échos confinés aux cercles des érudits, ne fût-ce qu’en raison d’une portée restreinte. En effet, jusqu’à l’invention de l’imprimerie, il était quasiment impossible de parcourir l’ensemble des textes bibliques dans un temps relativement restreint, quelques jours ou semaines, comme ce fut le cas à partir du XVIe siècle.On surprendra sans doute plus d’un croyant contemporain en rappelant que la Bible figura à l’Index des livres dont la lecture était interdite aux catholiques, index établi par l’Inquisition, qui devint le Saint-Office, puis la Congrégation pour la doctrine de la Foi, laquelle ne fut abolie qu’en 1966. Deux raisons successives motivèrent cette interdiction. La première, au XIIe siècle, fut la méfiance à l’égard des traductions, où l’Inquisition, qui ne reconnaissait que la Bible en latin, flairait des infiltrations des hérésies. La seconde raison, qui s’imposa à l’époque de la Réforme, fut qu’une libre lecture de la Bible permettait de faire des comparaisons critiques entre ses enseignements et les traditions de l’Église ; les chefs de la Réforme considéraient, en effet, que ces traditions ne correspondaient pas aux enseignements du Nouveau Testament, ce qui consomma la rupture avec Rome.La lecture critique des textes sacrés1 se poursuivit cependant. Lorsque les progrès des sciences mirent en cause le premier des cinq Livres du Pentateuque, la Genèse, notamment en ce qui concerne l’apparition de la vie sur terre et l’évolution des espèces, les interdictions étaient devenues inefficaces : l’imprimerie avait répandu trop d’exemplaires de la Bible dans le monde.Un courant de pensée se constitua alors, à la fois dans le monde des Églises réformées et dans le catholicisme, postulant que la Bible ne pouvait que guider la foi des humains, et non enseigner l’histoire de l’univers et du monde. La réaction fut presque simultanée chez les protestants et les catholiques, les premiers soutenant que la Bible devait être considérée comme littéralement véridique. Ainsi naquit le créationnisme, selon lequel le monde a bien été créé en six jours, et qui persiste jusqu’aujourd’hui dans certains groupes réfractaires. L’une des dates symboliques de ce mouvement fut le fameux procès Scopes de 1925, aux États-Unis, où la justice condamna un professeur d’université pour avoir enseigné l’évolution des espèces et ainsi contredit la Bible. La réaction de l’Église catholique ne fut pas différente : en 1893, dans l’encyclique Providentissimus Deus, le pape Léon XIII condamna la liberté d’interprétation prônée par les critiques, tout en encourageant, d’ailleurs, les études scientifiques.Le point de vue des traditionalistes était : « Tout ce qui est contenu dans la Bible est religion et a été révélé par Dieu », tandis que celui des critiques était : « La Bible ne contient que la religion révélée par Dieu. » Les progrès de l’histoire, de l’archéologie et des études bibliques rendirent bientôt les deux positions incompatibles.*Comme le savent les biblistes, qui s’y emploient, le travail critique reste inachevé et un troisième point de vue s’impose : l’Ancien et le Nouveau Testament ont été rédigés au cours des siècles par des hommes qui avaient interprété des récits selon des traditions, c’est-à-dire selon des habitudes de pensée et des influences locales.Ces œuvres intégralement humaines sont en fait les versions écrites de courants indépendants, entraînant des contradictions flagrantes, en plus d’invraisemblances placées sous le sceau de la divinité, dont les principales sont exposées dans ces pages. Il est donc présomptueux et même erroné de les considérer comme fondateurs d’une Loi morale révélée. Comment, en effet, concilier des prescriptions aussi antagonistes que celles-ci : « Les fils ne seront pas mis à mort pour les fautes de leurs pères » (Deut., XXIV, 16) et « Je suis Yahweh, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération » (Ex., XX, 5 et XXXIV, 7) ? Comment Dieu aurait-il pu se contredire aussi radicalement sur un point aussi grave ?Dans la seconde moitié du XIXe siècle et au XXe, les travaux des biblistes dans le cadre de ce qu’on appelle l’Hypothèse documentaire établirent les causes de ces contradictions : les cinq premiers Livres de la Bible avaient été rédigés par des rédacteurs appartenant à quatre courants principaux et différents, distants de plusieurs siècles. Il s’agissait des élohistes, ainsi nommés parce qu’ils désignaient Dieu sous le nom d’Elohim, les yahwistes, qui le désignaient sous le nom de Yahweh, les sacerdotaux, qui écrivaient dans la conviction de la primauté absolue du clergé dans l’histoire d’Israël, et les deutéronomistes, auteurs presque exclusifs du cinquième Livre du Pentateuque (jusqu’au VIIe siècle avant notre ère, celui-ci était composé de seulement quatre Livres : c’était un Tétrateuque)2.Ces rédacteurs n’accordaient pas toujours leurs textes à ceux qui existaient déjà et se bornaient souvent à ajouter leurs versions aux précédentes. D’où des différences souvent considérables dans un même Livre, comme les deux versions de la création d’Ève dans la même Genèse. Certains, parfois, payèrent d’audace ; ce fut ainsi qu’en 622, lors de la restauration du Temple sous le règne de Josias, le grand prêtre Hilquiyya­hou découvrit le cinquième Livre, le Deutéronome, dans les fondations du monument. Le choc fut si fort que les travaux furent interrompus. Comment pouvait-on avoir méconnu pendant des siècles un Livre qu’on s’empressa d’attribuer au calame même de Moïse ? Depuis, ce Livre est inscrit dans le Pentateuque. On soupçonne, non sans raison, qu’il avait en fait été rédigé par des prêtres du Temple dans le cadre de la réforme religieuse entreprise par Josias.Aucune harmonisation des cinq Livres ne fut jamais effectuée ; et les contradictions demeurèrent. Contrairement à ce qu’on supposerait, certaines ont même été aggravées par des ajouts à l’époque moderne. Dans leurs versions des textes anciens, certains traducteurs ont en effet introduit des explications de leur cru, croyant ainsi dissiper des obscurités ou combler des lacunes, alors que, plus prudemment ou plus modestement, les prêtres des siècles d’avant notre ère se limitaient à les consigner dans des recueils séparés de commentaires ou midrashim.Les contradictions en cause n’affectent pas que l’Ancien Testament : elles abondent également dans le Nouveau, pour d’autres raisons. Certaines sont mineures, d’autres majeures, comme celles qui portent sur la vengeance divine ou sur la vie de Jésus.L’objet de ces pages n’est pas de répondre aux questions de doctrine qu’elles posent, il se limite à l’exposé de contradictions et d’obscurités qui ont parfois engendré des conflits séculaires. Un tel exposé nous est apparu nécessaire pour tous les esprits de bonne foi.___________________1. Cf. note 1, p. 305 sur les différences entre les contenus des Bibles selon les religions et les confessions.2. Cf. note 2, p. 305-307.PREMIÈRE PARTIEL’ANCIEN TESTAMENTI. LA GENÈSE1. Ève aurait été créée comme « aide » d’AdamÀ quel moment, dans la symbolique biblique, la femme a-t-elle été créée ? Il est impossible de trouver la réponse à cette question dans les textes qui racontent pourtant sa création. Car il existe dans le premier Livre de la Bible deux versions successives et contradictoires de celle-ci.Au verset 27 du Ier chapitre du Livre de la Genèse, il est dit, en effet : « Elohim créa l’homme à son image, à l’image d’Elohim il le créa. Mâle et femelle, il les créa. » Le récit ne peut être évidemment que symbolique, même pour les croyants les plus résolument fondamentalistes, puisqu’il implique que les premiers humains aient été créés à un âge adulte, indéterminé, au défi des lois universelles de la croissance d’un être vivant. Et ils n’avaient pas de nombril, puisqu’ils n’avaient pas eu de cordon ombilical.Mais après avoir dit plus haut que l’homme et la femme avaient été créés ensemble, la Genèse se contredit radicalement, et d’une manière qu’aucune casuistique ne peut réfuter. Au verset 7 du IIe chapitre, en effet, Dieu crée l’homme seul, parachève son ouvrage, et fait ainsi pousser le Jardin d’Éden. Il crée les animaux et les oiseaux, attend qu’Adam leur donne des noms puis, jugeant qu’« il n’est pas bon pour l’homme qu’il soit seul », il décide : « Je ferai pour lui une aide contre lui. » « Une aide », c’est bien le terme utilisé ; autant dire une servante. Au verset 21, il endort donc le « glébeux », lui retire une côte et crée cette « aide », nommée Ève.Dans le premier chapitre, l’homme et la femme sont créés ensemble, dans le suivant, ils le sont séparément et Ève, « la mère de tous les humains », n’apparaît qu’au terme d’un délai indéterminé, et dans une intention utilitaire. Ève reste-t-elle créée à l’image de Dieu ?Il apparaît donc que, dans cette version, un statut secondaire a été imposé à la femme. Les exemples abondent dans les récits de la société patriarcale que décrivent les Livres de l’Ancien Testament, et ce statut est toujours inférieur. L’un des exemples les plus flagrants est celui de la concubine de l’homme que des Benjaminites voulaient violer près de Gibeah et qui leur jeta cette femme en pâture. Elle fut violée toute la nuit. Quand il la trouva inanimée sur le seuil de la maison, à l’aube du lendemain, « il la découpa en douze morceaux qu’il envoya à travers tout le pays d’Israël » (Jug., XIX, 16-30). Fait divers révélateur du peu de considération des hommes pour les femmes et confirmé par les prescriptions divines sur la « valeur » des humains ( 40). Le statut inférieur de la femme aux yeux des rédacteurs de l’Ancien Testament sera confirmé par plusieurs textes ultérieurs, tels que ce passage du Lévitique : « Si une femme a conçu et donné naissance à un enfant d’homme, elle sera impure sept jours […], mais si elle a conçu une fille, alors elle sera impure quatorze jours » (Lév., XII, 2 et 5).Jadis attribué à Moïse, le Pentateuque a ainsi ancré dans les religions du Livre la nature inférieure de la femme, et cela au défi de la « loi naturelle » dont ces religions se sont prévalues pendant des millénaires.2. Ève était-elle la femme ou la sœur d’Adam ?Pour un lecteur contemporain, l’histoire d’Adam et d’Ève comporte un aspect troublant : aucune parole divine, aucun sacrement ne consacre leur union, alors que c’est d’eux dont dépend l’avenir de la création divine. Le seul soin que Dieu prenne d’eux, c’est de les habiller de « tuniques de peau » (III, 21). Leur passage à l’acte sexuel n’est investi d’aucune signification supérieure ; il est purement primal.Autre point obscur, sinon litigieux : même si l’on ne fait pas intervenir la génétique, il est évident qu’Ève est née de la chair d’Adam et qu’elle est donc plus proche d’une sœur jumelle que d’une partenaire choisie. Au-delà de la psychanalyse, son union avec Adam est consanguine, et le soupçon de l’inceste réapparaît.Il est utile de rappeler ici que, vers le XIe siècle, un effort original pour résoudre les doutes sur l’union d’Adam et d’Ève donna naissance à un ouvrage kabbalistique, l’Alphabet de Ben Sirah, dans lequel il est dit que l’humain primitif fut à la fois mâle et femelle, c’est-à-dire androgyne, thème déjà proposé par Platon. Dieu les sépara, leur donna des identités distinctes et leur conféra l’égalité. Cependant la première femme n’aurait pas été Ève, mais Lilith. Adam voulut prendre la préséance sur elle. Investie de l’égalité, Lilith le refusa. Devant l’obstination d’Adam, elle implora Dieu et put s’enfuir de l’Éden. On retrouve ce mythe dans la description par Isaïe de la cata­strophe causée en Israël par la colère de Yahweh, quand les chats sauvages s’accoupleront avec des hyènes : « Le satyre appellera le satyre, là encore se tapira Lilith, elle trouvera le repos… » (Is., XXXIV, 14). Malgré les supplications d’Adam, elle ne revint jamais. Ce serait alors que Dieu aurait créé Ève.Cette variante, à notre avis, reflète beaucoup plus la perplexité que cause le personnage d’Ève dans l’histoire de la Genèse que les convictions des rédacteurs bibliques.3. Qui a créé le Serpent ?Dans les deux premiers chapitres de la Genèse, il est dit que Yahweh Elohim créa intégralement le monde, la terre et toutes choses sur celles-ci, dont les espèces animales ; il s’ensuit qu’il créa aussi le serpent, instrument originel du Mal et incarnation de la tentation. Cet animal devient alors l’ennemi du Créateur, qui l’accable de sanctions : « Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière… » (III, 14-15). Et l’inimitié entre la femme et le serpent devait être éternelle : « La femme écrasera la tête du serpent », assure la Genèse. Mais ne l’avait-il pas créé lui-même et n’en avait-il pas été satisfait ? C’est du moins ce qu’indique le verset : « Yahweh vit ce qu’il avait créé, et c’était très bien » (Gen., I, 31).Ainsi apparaît, dès le début de l’Ancien Testament, la question avec laquelle les théologiens se débattront sans fin : quelle est l’autorité de Dieu sur le Mal ? Elle reparaîtra maintes fois dans la Bible.Bizarrement, ce symbole du Mal revient sur scène pendant l’Exode. Yahweh ordonne à Moïse de fabriquer un serpent d’airain dont la vue guérira les Hébreux assaillis de serpents dans la traversée du désert (Nb., XXI, 4-9). Et l’idole de ce serpent figurera même dans le Temple de Jérusalem. Puis Jésus l’invoquera… ( 135)4. Le Serpent disait-il donc la vérité ?Une autre contradiction négligée apparaît à propos du serpent. Celui-ci avait certes menti quand il avait assuré à Ève qu’elle et Adam ne mourraient pas s’ils mangeaient du fruit défendu, mais il avait dit la vérité quand il lui avait annoncé que, si elle et Adam mangeaient de ce fruit : « Vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal. » En effet, en dépit de sa colère et du fait qu’il chassera le premier couple du Paradis terrestre, Dieu confirme les propos du reptile : « Yahweh Elohim dit : maintenant l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal » (III, 22) ;Or, ces paroles en partie énigmatiques (à qui Yahweh se réfère-t-il quand il dit « nous », le pluriel de majesté n’existant pas dans l’Ancien Testament et Yahweh disant toujours « Je ») revêtent une portée philosophique considérable : pourquoi le Créateur déplore-t-il que l’homme et la femme connaissent le bien et le mal ? N’est-ce pas lui qui consacrera plus tard la distinction du bien et du mal en dictant le Décalogue à Moïse ?Et quel était donc son but quand il couronna la Création par l’avènement de l’espèce humaine ? Entendait-il maintenir celle-ci dans l’ignorance ?Il s’agit là d’une des contradictions majeures de la Bible.5. À quel âge sont donc nés Adam et Ève ?Même si l’on tient compte du fait que le récit est symbolique, il pose au lecteur d’il y a trois mille ans comme à celui d’aujour­d’hui une question inéluctable : les deux premiers humains étant nés adultes, contre toutes les lois naturelles connues depuis toujours, quels étaient donc leurs âges ? Et étant donné qu’ils avaient été créés à l’image du Créateur, cet âge reflétait-il celui du Créateur ? Mais alors, étant donné que celui-ci est éternel, comment pourrait-il s’être figé à un âge tel que les 20 ou 30 ans qu’on prête instinctivement au premier couple quand il se leva de son premier sommeil ?Autant de questions auxquelles la nature symbolique du récit n’offre aucun élément de réponse. Car les symboles n’excluent pas la logique.6. Quel est le sexe de Yahweh ?La Genèse instaure une ambiguïté qui semble, elle aussi, éternelle sur cette question. Il est dit à trois reprises que Yahweh créa l’homme et la femme à son image : en I, 26 et 27, puis en V, 2. « Mâle et femelle il les créa », ce qui implique formellement qu’il est constitué de la dualité masculin-féminin (point toutefois contredit, comme indiqué plus haut, par le fait que, dans le second récit de la Création, il créa Ève bien après Adam). Cependant, à partir de II, 7, Il est toujours désigné comme une entité masculine.Cette ambiguïté n’est certes pas résolue par les appellations de la divinité selon les courants bibliques : pour le courant yahwiste, Il est désigné comme Yahweh, mais pour le courant élohiste, Il est désigné comme Elohim, appellation problématique, Elohim étant un pluriel – celui d’Eloha, le Très-Haut, singulier qui n’est utilisé que très exceptionnellement dans la Bible et qui ne comporte aucune notion de genre.La Bible pose donc le problème du genre de Dieu, mais ne permet pas d’y répondre.7. Le Fruit défendu devait être mortel : Adam vécut pourtant jusqu’à 930 ans« Du jour où tu en mangeras, tu mourras », ainsi Dieu menace-t-il Adam en lui interdisant de consommer les fruits de l’Arbre de la connaissance (II, 17). Mais la menace semble modifiée par la suite : « Toute ta vie tu en [de la terre] tireras de la nourriture avec peine » (III, 17), ce qui est en contradiction avec la sanction de mort immédiate. Au chapitre III, il n’est plus question d’aucune malédiction et Adam mourut « à neuf cent trente ans » (III, 5), trente de moins que son descendant Noé, recordman de longévité biblique. Il est notoire que les chiffres dans la Bible ont une signification cabalistique1, mais l’âge visiblement avancé d’Adam démontre que la sanction divine n’a pas été accomplie.Il est évidemment difficile de concilier les trois versets.8. D’où vient donc la femme de Caïn ? Et comment l’humanité s’est-elle perpétuée ?Lorsque Caïn prend la fuite, après le meurtre d’Abel, « il s’établit dans le pays de Nod, à l’orient d’Éden » (IV, 16) et il y prit femme (IV, 17). Mais qui était donc celle-ci, puisque Adam et Ève étaient les premiers humains et qu’il n’est pas mentionné qu’ils engendrèrent de filles (le seul autre enfant qu’Abel et Caïn fut Seth, engendré quand Adam avait cent trente ans). Y avait-il donc des femmes et des hommes ailleurs ?La déduction se résume à ce dilemme : ou bien Adam et Ève n’étaient pas les premiers humains, ou bien Caïn a épousé une sœur qui aurait quitté ses parents pour une raison inconnue et l’inceste serait à l’origine de la race humaine.L’absence de descendance féminine connue du premier couple a retenu l’attention des clergés hébraïques antiques. Dans le Targoum, traduction de l’Ancien Testament en araméen qui s’imposa après le retour de l’Exil, et qui comportait des variantes du texte originel, il est dit qu’Ève enfanta en premier lieu Abel et « sa [sœur] jumelle » (qui n’est pas nommée). Une autre explication avait été avancée par le Targoum : l’existence d’une autre race d’humains préadamiques. Mais elle posait trop de problèmes, impliquant que nous ne descendions pas seulement d’Adam et d’Ève et contredisant l’appellation de « mère de tous les humains » qui lui est conférée par la Genèse.Néanmoins, pour les fondamentalistes, cette concession au bon sens ne résolvait pas le problème de la perpétuation de l’espèce humaine et n’éliminait pas non plus le soupçon d’inceste. La mention en fut abandonnée, et la contradiction demeure jusqu’à ce jour.9. En dépit de la malédiction divine, Caïn a prospéré et Yahweh l’a même protégéReprise à l’infini au cours des siècles, l’histoire de Caïn et du fratricide commis sur Abel est l’une des plus connues et commentées de l’Ancien Testament. Elle demeure cependant l’une des plus énigmatiques. Le texte est clair : jaloux de la faveur que Yahweh témoignait à son frère, Caïn se querella avec lui et le tua.Une première question essentielle se pose : pourquoi Yahweh méprisa-t-il les offrandes qu’il lui avait faites ? Il n’en existe pas la moindre explication. Il est simplement dit : « Caïn fit une offrande des fruits de la terre », mais Yahweh « ne prêta pas attention à Caïn et à son offrande ». Il préféra l’offrande d’Abel, « les premiers-nés de son troupeau et leur graisse » (IV, 3-5). Pourquoi ? Parce que c’étaient des biens plus coûteux ? Mais le mérite de l’offrande réside-t-il dans l’intention ou dans la valeur de celle-ci ? Rien n’indique pourtant que Caïn ait fait une offrande au rabais. Il était cultivateur et Abel, éleveur. Chacun offre ce qu’il a. De surcroît, Yahweh lui-même justifiera plus tard l’offrande de Caïn : « Tu apporteras à la maison de Yahweh, ton Elohim, les prémices des premiers fruits de la terre » (Ex., XXIII, 19).Jamais la préférence de Yahweh pour Abel n’est expliquée ni justifiée. Toujours est-il que le véritable motif de la querelle est l’attitude de Yahweh à l’égard de Caïn, qui est ensuite admonesté par le Dieu qui a méprisé ses dons : « Pourquoi te révolter ? » (IV, 6)Deuxième question : comment Yahweh, dans son omni­science, ne sait-il pas la raison de la réaction de Caïn ?Réduite à un fait divers, l’histoire perdrait ainsi toute valeur exemplaire, n’était que, par la suite, elle devient encore plus énigmatique, au point d’en perdre toute signification morale. En effet, quand Caïn prend la fuite et que Yahweh l’interpelle, il s’écrie : « N’importe qui me trouvera errant me tuera. » Et Yahweh lui répond : « Quiconque tuerait Caïn serait exposé à une septuple vengeance. Et il fit un signe sur Caïn qui préviendrait les coups » (IV, 15). On en reste confondu : Dieu protège donc le meurtrier. Et la protection est efficace, car Caïn prend femme, construit une ville, Hénoch, et la protection divine s’étend à son fils Lamek au décuple : « Si Caïn est vengé au septuple, Lamek le sera soixante-dix-sept fois », clame Lamek (IV, 24). La célèbre « marque de Caïn » n’est donc pas un stigmate infamant, comme on l’a parfois prétendu, elle est au contraire un sceau protecteur.Troisième question essentielle : pourquoi Yahweh, qui aurait pu prévenir le meurtre de l’innocent, protège-t-il ensuite le meurtrier et sa descendance ?Nul n’a jamais trouvé d’explication à la faveur divine. Ce n’est pas la moindre étrangeté du texte biblique, qui le pousse aux franges de l’absurde à force de contradictions.10. Caïn a échappé à la condamnation à l’erranceEn IV, 12, en effet, Yahweh lui dit : « Tu erreras sur la terre. » Mais on voit ensuite Caïn construire Hénoch et s’y établir (IV, 17). La malédiction aurait-elle été inefficace ?11. Combien de temps a duré le Déluge ?« Les eaux baissèrent au bout de cent cinquante jours », dit la Genèse (VIII, 3). Mais deux versets plus loin (VIII, 5), il est dit que « les eaux baissèrent pendant dix mois ». Si les mois avaient leur durée actuelle, cela ferait exactement le double ; dans le cas contraire, cela ferait des mois de quinze jours, inconnus en histoire à n’importe quelle époque. Le calcul est encore plus difficile à faire à la lumière de la deuxième partie du verset 5 : « Le premier jour du dixième mois,

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Si vous souhaitez prendre connaissance de notre catalogue :www.editionsarchipel.comPour être tenu au courant de nos nouveautés :http://www.facebook.com/larchipelISBN 9782809813623Copyright © L’Archipel, 2013.DANS LA MêME COLLECTION500 ans d’impostures scientifiques, L’Archipel, 2013.4 000 ansde mystifications historiques, L’Archipel, 2011 ; Archipoche, 2013.Joséphine, l’obsession de Napoléon, L’Archipel, 2011.Le Krach du sperme, avec le Dr Pierre Dutertre, L’Archipel, 2010.Jurassic France, L’Archipel, 2009.Saladin, chevalier de l’islam, L’Archipel, 2008.Padre Pio, ou les prodiges du mysticisme, Presses du Châtelet, 2008.Le Secret de l’Auberge rouge, L’Archipel, 2007.Le tourisme va mal ? Achevons-le !, Max Milo, 2007.Marie-Antoinette, la rose écrasée, L’Archipel, 2006 ; Archipoche, 2008.Saint-Germain, l’homme qui ne voulait pas mourir :   I. Le Masque venu de nulle part, L’Archipel, 2005 ; Archipoche, 2008.   II. Les Puissances de l’invisible, L’Archipel, 2005 ; Archipoche, 2008.Cargo, la religion des humiliés du Pacifique, Calmann-Lévy, 2005.Et si c’était lui ?, L’Archipel, 2005 ; Archipoche, 2013.L’Affaire Marie-Madeleine, Lattès, 2002.Mourir pour New York ? Max Milo, 2002.Le Mauvais Esprit, Max Milo, 2001.Les Cinq Livres secrets dans la Bible, Lattès, 2001.Histoire générale de l’antisémitisme, Lattès, 1999.Balzac, une conscience insurgée, Éditions n° 1, 1999.Histoire générale de Dieu, Robert Laffont, 1997.Coup de gueule contre les gens qui se croient de droite et quelquesautres qui se disent de gauche, Ramsay, 1995.Histoire générale du Diable, Robert Laffont, 1993.La Messe de saint Picasso, Robert Laffont, 1989.Les Grandes Inventions du monde moderne, Bordas, 1989.L’homme qui devint Dieu :I. Le Récit, Robert Laffont, 1988.II. Les Sources, Robert Laffont, 1989.III. L’Incendiaire, Robert Laffont, 1991.IV. Jésus de Srinagar, Robert Laffont, 1995.Requiem pour Superman, Robert Laffont, 1988.Les Grandes Inventions de l’humanité jusqu’en 1850, Bordas, 1988.Les Grandes Découvertes de la science, Bordas, 1987.Bouillon de culture, Robert Laffont, 1986 (avec Bruno Lussato).La Fin de la vie privée, Calmann-Lévy, 1978.L’Alimentation suicide, Fayard, 1973.AVANT-PROPOSLa Bible est le livre le plus révéré des Juifs depuis plus de trois mille ans et des chrétiens depuis deux mille ans et l’adjonction du Nouveau Testament. Considéré comme révélé, c’est-à-dire dicté par l’inspiration divine, il a à son tour dicté la morale et les lois humaines. À ce jour, par exemple, les présidents des États-Unis d’Amérique prêtent serment sur la Bible quand ils prennent leurs fonctions.Ce statut exceptionnel n’a pas suspendu l’attention de ceux qui lisaient le texte d’un œil vigilant. La lecture critique des deux Testaments commença assez tôt. Ainsi au XIe siècle, le médecin juif Isaac Ibn Yashoush, attaché à la cour musulmane de Grenade (autres temps !), avait noté un anachronisme contraire à la tradition. Celle-ci, en effet, soutenait que Moïse avait été l’auteur de la Genèse ; or, la liste des rois édomites énumérés dans ce Livre (XXXVI) ne pouvait pas avoir été établie par lui, étant donné que ces rois avaient régné longtemps après sa mort. Au siècle suivant, le rabbin Abraham Ibn Ezra se contenta de surnommer Yashoush, « Isaac le Gaffeur ».Mais ces égratignures à l’autorité de la Bible restaient mineures et leurs échos confinés aux cercles des érudits, ne fût-ce qu’en raison d’une portée restreinte. En effet, jusqu’à l’invention de l’imprimerie, il était quasiment impossible de parcourir l’ensemble des textes bibliques dans un temps relativement restreint, quelques jours ou semaines, comme ce fut le cas à partir du XVIe siècle.On surprendra sans doute plus d’un croyant contemporain en rappelant que la Bible figura à l’Index des livres dont la lecture était interdite aux catholiques, index établi par l’Inquisition, qui devint le Saint-Office, puis la Congrégation pour la doctrine de la Foi, laquelle ne fut abolie qu’en 1966. Deux raisons successives motivèrent cette interdiction. La première, au XIIe siècle, fut la méfiance à l’égard des traductions, où l’Inquisition, qui ne reconnaissait que la Bible en latin, flairait des infiltrations des hérésies. La seconde raison, qui s’imposa à l’époque de la Réforme, fut qu’une libre lecture de la Bible permettait de faire des comparaisons critiques entre ses enseignements et les traditions de l’Église ; les chefs de la Réforme considéraient, en effet, que ces traditions ne correspondaient pas aux enseignements du Nouveau Testament, ce qui consomma la rupture avec Rome.La lecture critique des textes sacrés1 se poursuivit cependant. Lorsque les progrès des sciences mirent en cause le premier des cinq Livres du Pentateuque, la Genèse, notamment en ce qui concerne l’apparition de la vie sur terre et l’évolution des espèces, les interdictions étaient devenues inefficaces : l’imprimerie avait répandu trop d’exemplaires de la Bible dans le monde.Un courant de pensée se constitua alors, à la fois dans le monde des Églises réformées et dans le catholicisme, postulant que la Bible ne pouvait que guider la foi des humains, et non enseigner l’histoire de l’univers et du monde. La réaction fut presque simultanée chez les protestants et les catholiques, les premiers soutenant que la Bible devait être considérée comme littéralement véridique. Ainsi naquit le créationnisme, selon lequel le monde a bien été créé en six jours, et qui persiste jusqu’aujourd’hui dans certains groupes réfractaires. L’une des dates symboliques de ce mouvement fut le fameux procès Scopes de 1925, aux États-Unis, où la justice condamna un professeur d’université pour avoir enseigné l’évolution des espèces et ainsi contredit la Bible. La réaction de l’Église catholique ne fut pas différente : en 1893, dans l’encyclique Providentissimus Deus, le pape Léon XIII condamna la liberté d’interprétation prônée par les critiques, tout en encourageant, d’ailleurs, les études scientifiques.Le point de vue des traditionalistes était : « Tout ce qui est contenu dans la Bible est religion et a été révélé par Dieu », tandis que celui des critiques était : « La Bible ne contient que la religion révélée par Dieu. » Les progrès de l’histoire, de l’archéologie et des études bibliques rendirent bientôt les deux positions incompatibles.*Comme le savent les biblistes, qui s’y emploient, le travail critique reste inachevé et un troisième point de vue s’impose : l’Ancien et le Nouveau Testament ont été rédigés au cours des siècles par des hommes qui avaient interprété des récits selon des traditions, c’est-à-dire selon des habitudes de pensée et des influences locales.Ces œuvres intégralement humaines sont en fait les versions écrites de courants indépendants, entraînant des contradictions flagrantes, en plus d’invraisemblances placées sous le sceau de la divinité, dont les principales sont exposées dans ces pages. Il est donc présomptueux et même erroné de les considérer comme fondateurs d’une Loi morale révélée. Comment, en effet, concilier des prescriptions aussi antagonistes que celles-ci : « Les fils ne seront pas mis à mort pour les fautes de leurs pères » (Deut., XXIV, 16) et « Je suis Yahweh, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération » (Ex., XX, 5 et XXXIV, 7) ? Comment Dieu aurait-il pu se contredire aussi radicalement sur un point aussi grave ?Dans la seconde moitié du XIXe siècle et au XXe, les travaux des biblistes dans le cadre de ce qu’on appelle l’Hypothèse documentaire établirent les causes de ces contradictions : les cinq premiers Livres de la Bible avaient été rédigés par des rédacteurs appartenant à quatre courants principaux et différents, distants de plusieurs siècles. Il s’agissait des élohistes, ainsi nommés parce qu’ils désignaient Dieu sous le nom d’Elohim, les yahwistes, qui le désignaient sous le nom de Yahweh, les sacerdotaux, qui écrivaient dans la conviction de la primauté absolue du clergé dans l’histoire d’Israël, et les deutéronomistes, auteurs presque exclusifs du cinquième Livre du Pentateuque (jusqu’au VIIe siècle avant notre ère, celui-ci était composé de seulement quatre Livres : c’était un Tétrateuque)2.Ces rédacteurs n’accordaient pas toujours leurs textes à ceux qui existaient déjà et se bornaient souvent à ajouter leurs versions aux précédentes. D’où des différences souvent considérables dans un même Livre, comme les deux versions de la création d’Ève dans la même Genèse. Certains, parfois, payèrent d’audace ; ce fut ainsi qu’en 622, lors de la restauration du Temple sous le règne de Josias, le grand prêtre Hilquiyya­hou découvrit le cinquième Livre, le Deutéronome, dans les fondations du monument. Le choc fut si fort que les travaux furent interrompus. Comment pouvait-on avoir méconnu pendant des siècles un Livre qu’on s’empressa d’attribuer au calame même de Moïse ? Depuis, ce Livre est inscrit dans le Pentateuque. On soupçonne, non sans raison, qu’il avait en fait été rédigé par des prêtres du Temple dans le cadre de la réforme religieuse entreprise par Josias.Aucune harmonisation des cinq Livres ne fut jamais effectuée ; et les contradictions demeurèrent. Contrairement à ce qu’on supposerait, certaines ont même été aggravées par des ajouts à l’époque moderne. Dans leurs versions des textes anciens, certains traducteurs ont en effet introduit des explications de leur cru, croyant ainsi dissiper des obscurités ou combler des lacunes, alors que, plus prudemment ou plus modestement, les prêtres des siècles d’avant notre ère se limitaient à les consigner dans des recueils séparés de commentaires ou midrashim.Les contradictions en cause n’affectent pas que l’Ancien Testament : elles abondent également dans le Nouveau, pour d’autres raisons. Certaines sont mineures, d’autres majeures, comme celles qui portent sur la vengeance divine ou sur la vie de Jésus.L’objet de ces pages n’est pas de répondre aux questions de doctrine qu’elles posent, il se limite à l’exposé de contradictions et d’obscurités qui ont parfois engendré des conflits séculaires. Un tel exposé nous est apparu nécessaire pour tous les esprits de bonne foi.___________________1. Cf. note 1, p. 305 sur les différences entre les contenus des Bibles selon les religions et les confessions.2. Cf. note 2, p. 305-307.PREMIÈRE PARTIEL’ANCIEN TESTAMENTI. LA GENÈSE1. Ève aurait été créée comme « aide » d’AdamÀ quel moment, dans la symbolique biblique, la femme a-t-elle été créée ? Il est impossible de trouver la réponse à cette question dans les textes qui racontent pourtant sa création. Car il existe dans le premier Livre de la Bible deux versions successives et contradictoires de celle-ci.Au verset 27 du Ier chapitre du Livre de la Genèse, il est dit, en effet : « Elohim créa l’homme à son image, à l’image d’Elohim il le créa. Mâle et femelle, il les créa. » Le récit ne peut être évidemment que symbolique, même pour les croyants les plus résolument fondamentalistes, puisqu’il implique que les premiers humains aient été créés à un âge adulte, indéterminé, au défi des lois universelles de la croissance d’un être vivant. Et ils n’avaient pas de nombril, puisqu’ils n’avaient pas eu de cordon ombilical.Mais après avoir dit plus haut que l’homme et la femme avaient été créés ensemble, la Genèse se contredit radicalement, et d’une manière qu’aucune casuistique ne peut réfuter. Au verset 7 du IIe chapitre, en effet, Dieu crée l’homme seul, parachève son ouvrage, et fait ainsi pousser le Jardin d’Éden. Il crée les animaux et les oiseaux, attend qu’Adam leur donne des noms puis, jugeant qu’« il n’est pas bon pour l’homme qu’il soit seul », il décide : « Je ferai pour lui une aide contre lui. » « Une aide », c’est bien le terme utilisé ; autant dire une servante. Au verset 21, il endort donc le « glébeux », lui retire une côte et crée cette « aide », nommée Ève.Dans le premier chapitre, l’homme et la femme sont créés ensemble, dans le suivant, ils le sont séparément et Ève, « la mère de tous les humains », n’apparaît qu’au terme d’un délai indéterminé, et dans une intention utilitaire. Ève reste-t-elle créée à l’image de Dieu ?Il apparaît donc que, dans cette version, un statut secondaire a été imposé à la femme. Les exemples abondent dans les récits de la société patriarcale que décrivent les Livres de l’Ancien Testament, et ce statut est toujours inférieur. L’un des exemples les plus flagrants est celui de la concubine de l’homme que des Benjaminites voulaient violer près de Gibeah et qui leur jeta cette femme en pâture. Elle fut violée toute la nuit. Quand il la trouva inanimée sur le seuil de la maison, à l’aube du lendemain, « il la découpa en douze morceaux qu’il envoya à travers tout le pays d’Israël » (Jug., XIX, 16-30). Fait divers révélateur du peu de considération des hommes pour les femmes et confirmé par les prescriptions divines sur la « valeur » des humains ( 40). Le statut inférieur de la femme aux yeux des rédacteurs de l’Ancien Testament sera confirmé par plusieurs textes ultérieurs, tels que ce passage du Lévitique : « Si une femme a conçu et donné naissance à un enfant d’homme, elle sera impure sept jours […], mais si elle a conçu une fille, alors elle sera impure quatorze jours » (Lév., XII, 2 et 5).Jadis attribué à Moïse, le Pentateuque a ainsi ancré dans les religions du Livre la nature inférieure de la femme, et cela au défi de la « loi naturelle » dont ces religions se sont prévalues pendant des millénaires.2. Ève était-elle la femme ou la sœur d’Adam ?Pour un lecteur contemporain, l’histoire d’Adam et d’Ève comporte un aspect troublant : aucune parole divine, aucun sacrement ne consacre leur union, alors que c’est d’eux dont dépend l’avenir de la création divine. Le seul soin que Dieu prenne d’eux, c’est de les habiller de « tuniques de peau » (III, 21). Leur passage à l’acte sexuel n’est investi d’aucune signification supérieure ; il est purement primal.Autre point obscur, sinon litigieux : même si l’on ne fait pas intervenir la génétique, il est évident qu’Ève est née de la chair d’Adam et qu’elle est donc plus proche d’une sœur jumelle que d’une partenaire choisie. Au-delà de la psychanalyse, son union avec Adam est consanguine, et le soupçon de l’inceste réapparaît.Il est utile de rappeler ici que, vers le XIe siècle, un effort original pour résoudre les doutes sur l’union d’Adam et d’Ève donna naissance à un ouvrage kabbalistique, l’Alphabet de Ben Sirah, dans lequel il est dit que l’humain primitif fut à la fois mâle et femelle, c’est-à-dire androgyne, thème déjà proposé par Platon. Dieu les sépara, leur donna des identités distinctes et leur conféra l’égalité. Cependant la première femme n’aurait pas été Ève, mais Lilith. Adam voulut prendre la préséance sur elle. Investie de l’égalité, Lilith le refusa. Devant l’obstination d’Adam, elle implora Dieu et put s’enfuir de l’Éden. On retrouve ce mythe dans la description par Isaïe de la cata­strophe causée en Israël par la colère de Yahweh, quand les chats sauvages s’accoupleront avec des hyènes : « Le satyre appellera le satyre, là encore se tapira Lilith, elle trouvera le repos… » (Is., XXXIV, 14). Malgré les supplications d’Adam, elle ne revint jamais. Ce serait alors que Dieu aurait créé Ève.Cette variante, à notre avis, reflète beaucoup plus la perplexité que cause le personnage d’Ève dans l’histoire de la Genèse que les convictions des rédacteurs bibliques.3. Qui a créé le Serpent ?Dans les deux premiers chapitres de la Genèse, il est dit que Yahweh Elohim créa intégralement le monde, la terre et toutes choses sur celles-ci, dont les espèces animales ; il s’ensuit qu’il créa aussi le serpent, instrument originel du Mal et incarnation de la tentation. Cet animal devient alors l’ennemi du Créateur, qui l’accable de sanctions : « Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière… » (III, 14-15). Et l’inimitié entre la femme et le serpent devait être éternelle : « La femme écrasera la tête du serpent », assure la Genèse. Mais ne l’avait-il pas créé lui-même et n’en avait-il pas été satisfait ? C’est du moins ce qu’indique le verset : « Yahweh vit ce qu’il avait créé, et c’était très bien » (Gen., I, 31).Ainsi apparaît, dès le début de l’Ancien Testament, la question avec laquelle les théologiens se débattront sans fin : quelle est l’autorité de Dieu sur le Mal ? Elle reparaîtra maintes fois dans la Bible.Bizarrement, ce symbole du Mal revient sur scène pendant l’Exode. Yahweh ordonne à Moïse de fabriquer un serpent d’airain dont la vue guérira les Hébreux assaillis de serpents dans la traversée du désert (Nb., XXI, 4-9). Et l’idole de ce serpent figurera même dans le Temple de Jérusalem. Puis Jésus l’invoquera… ( 135)4. Le Serpent disait-il donc la vérité ?Une autre contradiction négligée apparaît à propos du serpent. Celui-ci avait certes menti quand il avait assuré à Ève qu’elle et Adam ne mourraient pas s’ils mangeaient du fruit défendu, mais il avait dit la vérité quand il lui avait annoncé que, si elle et Adam mangeaient de ce fruit : « Vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal. » En effet, en dépit de sa colère et du fait qu’il chassera le premier couple du Paradis terrestre, Dieu confirme les propos du reptile : « Yahweh Elohim dit : maintenant l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal » (III, 22) ;Or, ces paroles en partie énigmatiques (à qui Yahweh se réfère-t-il quand il dit « nous », le pluriel de majesté n’existant pas dans l’Ancien Testament et Yahweh disant toujours « Je ») revêtent une portée philosophique considérable : pourquoi le Créateur déplore-t-il que l’homme et la femme connaissent le bien et le mal ? N’est-ce pas lui qui consacrera plus tard la distinction du bien et du mal en dictant le Décalogue à Moïse ?Et quel était donc son but quand il couronna la Création par l’avènement de l’espèce humaine ? Entendait-il maintenir celle-ci dans l’ignorance ?Il s’agit là d’une des contradictions majeures de la Bible.5. À quel âge sont donc nés Adam et Ève ?Même si l’on tient compte du fait que le récit est symbolique, il pose au lecteur d’il y a trois mille ans comme à celui d’aujour­d’hui une question inéluctable : les deux premiers humains étant nés adultes, contre toutes les lois naturelles connues depuis toujours, quels étaient donc leurs âges ? Et étant donné qu’ils avaient été créés à l’image du Créateur, cet âge reflétait-il celui du Créateur ? Mais alors, étant donné que celui-ci est éternel, comment pourrait-il s’être figé à un âge tel que les 20 ou 30 ans qu’on prête instinctivement au premier couple quand il se leva de son premier sommeil ?Autant de questions auxquelles la nature symbolique du récit n’offre aucun élément de réponse. Car les symboles n’excluent pas la logique.6. Quel est le sexe de Yahweh ?La Genèse instaure une ambiguïté qui semble, elle aussi, éternelle sur cette question. Il est dit à trois reprises que Yahweh créa l’homme et la femme à son image : en I, 26 et 27, puis en V, 2. « Mâle et femelle il les créa », ce qui implique formellement qu’il est constitué de la dualité masculin-féminin (point toutefois contredit, comme indiqué plus haut, par le fait que, dans le second récit de la Création, il créa Ève bien après Adam). Cependant, à partir de II, 7, Il est toujours désigné comme une entité masculine.Cette ambiguïté n’est certes pas résolue par les appellations de la divinité selon les courants bibliques : pour le courant yahwiste, Il est désigné comme Yahweh, mais pour le courant élohiste, Il est désigné comme Elohim, appellation problématique, Elohim étant un pluriel – celui d’Eloha, le Très-Haut, singulier qui n’est utilisé que très exceptionnellement dans la Bible et qui ne comporte aucune notion de genre.La Bible pose donc le problème du genre de Dieu, mais ne permet pas d’y répondre.7. Le Fruit défendu devait être mortel : Adam vécut pourtant jusqu’à 930 ans« Du jour où tu en mangeras, tu mourras », ainsi Dieu menace-t-il Adam en lui interdisant de consommer les fruits de l’Arbre de la connaissance (II, 17). Mais la menace semble modifiée par la suite : « Toute ta vie tu en [de la terre] tireras de la nourriture avec peine » (III, 17), ce qui est en contradiction avec la sanction de mort immédiate. Au chapitre III, il n’est plus question d’aucune malédiction et Adam mourut « à neuf cent trente ans » (III, 5), trente de moins que son descendant Noé, recordman de longévité biblique. Il est notoire que les chiffres dans la Bible ont une signification cabalistique1, mais l’âge visiblement avancé d’Adam démontre que la sanction divine n’a pas été accomplie.Il est évidemment difficile de concilier les trois versets.8. D’où vient donc la femme de Caïn ? Et comment l’humanité s’est-elle perpétuée ?Lorsque Caïn prend la fuite, après le meurtre d’Abel, « il s’établit dans le pays de Nod, à l’orient d’Éden » (IV, 16) et il y prit femme (IV, 17). Mais qui était donc celle-ci, puisque Adam et Ève étaient les premiers humains et qu’il n’est pas mentionné qu’ils engendrèrent de filles (le seul autre enfant qu’Abel et Caïn fut Seth, engendré quand Adam avait cent trente ans). Y avait-il donc des femmes et des hommes ailleurs ?La déduction se résume à ce dilemme : ou bien Adam et Ève n’étaient pas les premiers humains, ou bien Caïn a épousé une sœur qui aurait quitté ses parents pour une raison inconnue et l’inceste serait à l’origine de la race humaine.L’absence de descendance féminine connue du premier couple a retenu l’attention des clergés hébraïques antiques. Dans le Targoum, traduction de l’Ancien Testament en araméen qui s’imposa après le retour de l’Exil, et qui comportait des variantes du texte originel, il est dit qu’Ève enfanta en premier lieu Abel et « sa [sœur] jumelle » (qui n’est pas nommée). Une autre explication avait été avancée par le Targoum : l’existence d’une autre race d’humains préadamiques. Mais elle posait trop de problèmes, impliquant que nous ne descendions pas seulement d’Adam et d’Ève et contredisant l’appellation de « mère de tous les humains » qui lui est conférée par la Genèse.Néanmoins, pour les fondamentalistes, cette concession au bon sens ne résolvait pas le problème de la perpétuation de l’espèce humaine et n’éliminait pas non plus le soupçon d’inceste. La mention en fut abandonnée, et la contradiction demeure jusqu’à ce jour.9. En dépit de la malédiction divine, Caïn a prospéré et Yahweh l’a même protégéReprise à l’infini au cours des siècles, l’histoire de Caïn et du fratricide commis sur Abel est l’une des plus connues et commentées de l’Ancien Testament. Elle demeure cependant l’une des plus énigmatiques. Le texte est clair : jaloux de la faveur que Yahweh témoignait à son frère, Caïn se querella avec lui et le tua.Une première question essentielle se pose : pourquoi Yahweh méprisa-t-il les offrandes qu’il lui avait faites ? Il n’en existe pas la moindre explication. Il est simplement dit : « Caïn fit une offrande des fruits de la terre », mais Yahweh « ne prêta pas attention à Caïn et à son offrande ». Il préféra l’offrande d’Abel, « les premiers-nés de son troupeau et leur graisse » (IV, 3-5). Pourquoi ? Parce que c’étaient des biens plus coûteux ? Mais le mérite de l’offrande réside-t-il dans l’intention ou dans la valeur de celle-ci ? Rien n’indique pourtant que Caïn ait fait une offrande au rabais. Il était cultivateur et Abel, éleveur. Chacun offre ce qu’il a. De surcroît, Yahweh lui-même justifiera plus tard l’offrande de Caïn : « Tu apporteras à la maison de Yahweh, ton Elohim, les prémices des premiers fruits de la terre » (Ex., XXIII, 19).Jamais la préférence de Yahweh pour Abel n’est expliquée ni justifiée. Toujours est-il que le véritable motif de la querelle est l’attitude de Yahweh à l’égard de Caïn, qui est ensuite admonesté par le Dieu qui a méprisé ses dons : « Pourquoi te révolter ? » (IV, 6)Deuxième question : comment Yahweh, dans son omni­science, ne sait-il pas la raison de la réaction de Caïn ?Réduite à un fait divers, l’histoire perdrait ainsi toute valeur exemplaire, n’était que, par la suite, elle devient encore plus énigmatique, au point d’en perdre toute signification morale. En effet, quand Caïn prend la fuite et que Yahweh l’interpelle, il s’écrie : « N’importe qui me trouvera errant me tuera. » Et Yahweh lui répond : « Quiconque tuerait Caïn serait exposé à une septuple vengeance. Et il fit un signe sur Caïn qui préviendrait les coups » (IV, 15). On en reste confondu : Dieu protège donc le meurtrier. Et la protection est efficace, car Caïn prend femme, construit une ville, Hénoch, et la protection divine s’étend à son fils Lamek au décuple : « Si Caïn est vengé au septuple, Lamek le sera soixante-dix-sept fois », clame Lamek (IV, 24). La célèbre « marque de Caïn » n’est donc pas un stigmate infamant, comme on l’a parfois prétendu, elle est au contraire un sceau protecteur.Troisième question essentielle : pourquoi Yahweh, qui aurait pu prévenir le meurtre de l’innocent, protège-t-il ensuite le meurtrier et sa descendance ?Nul n’a jamais trouvé d’explication à la faveur divine. Ce n’est pas la moindre étrangeté du texte biblique, qui le pousse aux franges de l’absurde à force de contradictions.10. Caïn a échappé à la condamnation à l’erranceEn IV, 12, en effet, Yahweh lui dit : « Tu erreras sur la terre. » Mais on voit ensuite Caïn construire Hénoch et s’y établir (IV, 17). La malédiction aurait-elle été inefficace ?11. Combien de temps a duré le Déluge ?« Les eaux baissèrent au bout de cent cinquante jours », dit la Genèse (VIII, 3). Mais deux versets plus loin (VIII, 5), il est dit que « les eaux baissèrent pendant dix mois ». Si les mois avaient leur durée actuelle, cela ferait exactement le double ; dans le cas contraire, cela ferait des mois de quinze jours, inconnus en histoire à n’importe quelle époque. Le calcul est encore plus difficile à faire à la lumière de la deuxième partie du verset 5 : « Le premier jour du dixième mois,

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