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livre numérique Comment se faire des amis

Comment se faire des amis

Le Livre de Poche (février 2013)

Résumé

PREMIÈRE PARTIETROIS TECHNIQUES FONDAMENTALES POUR INFLUENCER LES AUTRESCHAPITRE 1SI VOUS VOULEZ RÉCOLTER DU MIEL, NE BOUSCULEZ PAS LA RUCHELe 7 mai 1931, la ville de New York assista à une sensationnelle chasse à l’homme. Après des semaines de recherches, « Two-Gun » Crowley, l’homme aux deux revolvers, l’assassin, le gangster qui ne fumait ni ne buvait, fut traqué dans l’appartement de sa belle, dans West End Avenue.Cent cinquante policiers l’assiégèrent dans sa cachette, au dernier étage de l’immeuble. Perçant des trous dans le toit, ils essayèrent de le faire sortir au moyen de gaz lacrymogènes. Puis ils braquèrent leurs fusils sur les immeubles environnants et, pendant plus d’une heure, ce quartier élégant de New York retentit du claquement des coups de feu. Protégé par un gros fauteuil rembourré, Crowley tirait sans relâche sur la police. Dix mille personnes observaient, surexcitées, la bataille. On n’avait jamais rien vu de semblable dans les rues de New York.Après l’avoir capturé, le chef de la police, Mulrooney, déclara :« Cet homme est un des criminels les plus dangereux que j’ai connus. Il tue pour rien. »Mais lui, Crowley, comment se considérait-il ? Tandis que la fusillade faisait rage autour de lui, il écrivait une lettre destinée à ceux qui trouveraient son cadavre. Le sang ruisselant de ses blessures faisait une traînée rouge sur le papier. Dans cette lettre, il disait : « Sous ma veste bat un cœur las, mais bon, et qui ne ferait de mal à personne. »Peu de temps avant ces événements, Crowley se trouvait à la campagne, près de Long Island. Tout à coup, un agent de police s’approcha de sa voiture arrêtée et dit : « Montrez-moi votre permis. »Sans articuler un mot, Crowley sortit son revolver et transperça le malheureux d’une grêle de balles. Puis il sauta de son siège, saisit l’arme du policier et tira encore une autre balle sur son corps inerte. Tel était l’assassin qui déclarait : « Sous ma veste bat un cœur las, mais bon, et qui ne ferait de mal à personne. »Crowley fut condamné à la chaise électrique. Quand il arriva à la chambre d’exécution, à la prison de Sing Sing, vous pensez peut-être qu’il dit : « Voilà ma punition pour avoir tué. » Non, il s’exclama : « Voilà ma punition pour avoir voulu me défendre. »La morale de cette histoire, c’est que « Two-Gun » ne se jugeait nullement coupable.Est-ce là une attitude extraordinaire chez un criminel ? Si tel est votre avis, écoutez ceci :« J’ai passé les meilleures années de ma vie à donner du plaisir et de l’amusement aux gens, et quelle a été ma récompense ? Des insultes et la vie d’un homme traqué ! »C’est Al Capone qui parle ainsi. Parfaitement ! L’ancien ennemi public numéro un, le plus sinistre chef de bande qui ait jamais terrifié Chicago, ne se condamne pas. Il se considère réellement comme un bienfaiteur public, un bienfaiteur incompris, traité avec ingratitude.C’est ce que disait aussi Dutch Schultz avant de s’écrouler sous les balles des gangsters de Newark. Dutch Schultz, l’un des bandits les plus notoires de New York, déclara, au cours d’une entrevue avec un journaliste, qu’il était un bienfaiteur public. Et il le croyait. J’ai quelques lettres fort intéressantes de M. Lawes, directeur du fameux pénitencier de Sing Sing. Il assure que peu de criminels, à Sing Sing, se considèrent comme des malfaiteurs. Ils se jugent tout aussi normaux que les autres hommes. Ils raisonnent, ils expliquent. Ils vous diront pourquoi ils ont été obligés de forcer un coffre-fort ou de presser la détente. Par un raisonnement logique ou fallacieux, la plupart s’efforcent de justifier, même à leurs propres yeux, leurs actes antisociaux, et déclarent en conséquence que leur emprisonnement est absolument inique.Si Al Capone, « Two-Gun » Crowley, Dutch Schultz et tous les malfrats sous les verrous se considèrent très souvent comme innocents, que pensent alors d’eux-mêmes les gens que nous rencontrons chaque jour, vous et moi ?John Wanamaker, propriétaire des grands magasins qui portent son nom, dit un jour : « Depuis trente ans, j’ai compris que la critique est inutile. J’ai bien assez de mal à corriger mes propres défauts sans me tourmenter parce que les hommes sont imparfaits et parce que Dieu n’a pas jugé bon de distribuer également à tous le don de l’intelligence. »Wanamaker en avait pris conscience très tôt. Pour moi, j’ai lutté pendant un tiers de siècle avant d’apercevoir la première lueur de cette vérité : quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, l’être humain se juge innocent, quelle que soit l’énormité de sa faute. La critique est vaine parce qu’elle met l’individu sur la défensive et le pousse à se justifier. La critique est dangereuse parce qu’elle blesse l’amour-propre et qu’elle provoque la rancune.Les expériences de B.F. Skinner, psychologue de réputation internationale, ont démontré que l’animal dont on récompensait la bonne conduite apprenait beaucoup plus rapidement et retenait mieux que l’animal puni pour son mauvais comportement. Des études plus récentes ont montré qu’il en allait de même pour l’être humain car, en critiquant, nous n’obtenons pas de changement durable. Nous nous attirons, au contraire, rancune et amertume.Un autre psychologue célèbre, Hans Seyle, dit : « Autant nous sommes avides d’approbation, autant nous redoutons le blâme. »La critique provoque la rancune et peut, de ce fait, décourager sérieusement employés, amis, entourage familial, sans pour autant redresser la situation.George B. Johnston, d’Enid, Oklahoma, chargé de la sécurité dans une entreprise de mécanique, doit veiller à ce que les employés portent un casque de protection. Autrefois, lorsqu’il rencontrait des ouvriers nu-tête, il leur ordonnait de se plier au règlement sur un ton qui n’admettait pas la réplique. On s’exécutait à contrecœur et, dès qu’il avait le dos tourné, on retirait son casque. Il décide donc de changer sa façon de faire. Lorsque l’occasion se représente, il demande si le casque n’est pas de la bonne taille... Il rappelle alors sur un ton volontairement aimable que le casque est conçu pour éviter les accidents, et suggère de toujours le porter pendant le travail. Depuis, c’est sans rechigner que les ouvriers se conforment au règlement.L’histoire est truffée d’exemples illustrant l’inanité de la critique. Ainsi, voyez le scandale du pétrole à Teapot Dome. Pendant plusieurs années, les journaux frémirent d’indignation. Jamais de mémoire d’homme, on n’avait vu pareille chose en Amérique. Voici les faits : Albert Fall, ministre de l’Intérieur sous le gouvernement du président Harding, fut chargé de louer les terrains pétrolifères du gouvernement à Elk Hill et à Teapot Dome, terrains destinés ultérieurement à l’usage de la marine. Au lieu de procéder par voie d’adjudication, Fall remit directement l’opulent contrat à son ami Edward Doheny. Et que fit à son tour Doheny ? Il donna au ministre Fall ce qu’il lui plut d’appeler « un prêt » de cent mille dollars. Ensuite, Fall expédia un détachement de soldats américains dans cette région pétrolifère pour en chasser les concurrents dont les puits adjacents tiraient le pétrole des réserves de Elk Hill. Ces concurrents, expulsés à la pointe des baïonnettes, se ruèrent devant les tribunaux et « firent éclater le scandale de Teapot Dome ». Le scandale ainsi révélé ruina l’administration de Harding, écœura une nation entière, faillit briser le parti républicain et amena Albert B. Fall derrière les barreaux d’une prison.Fall fut condamné sévèrement. Montra-t-il du repentir ? Nullement ! Quelques années plus tard, Herbert Hoover insinuait, dans un discours, que la mort du président Harding était due à l’angoisse et au tourment qu’il avait soufferts à cause de la trahison d’un ami. Quand Mme Fall entendit cela, elle bondit d’indignation, pleura, se tordit les mains, maudit la destinée et cria : « Quoi ! Harding trahi par Fall ? Non ! Non ! Mon mari n’a jamais trahi personne. Cette maison toute pleine d’or ne suffirait pas à le tenter ! C’est lui qu’on a trahi et mis au pilori ! »Vous voyez ! Voilà une manifestation typique de la nature humaine : le coupable qui blâme tout le monde, sauf lui-même. Mais nous sommes tous ainsi faits. Aussi, lorsque demain nous serons tentés de critiquer quelqu’un, rappelons-nous Al Capone, « Two-Gun » Crowley et Albert Fall. Sachons bien que la critique est comme le pigeon voyageur : elle revient toujours à son point de départ. Disons-nous que la personne que nous désirons blâmer et corriger fera tout pour se justifier et nous condamnera en retour. Ou bien, comme tant d’autres, elle s’exclamera : « Je ne vois pas comment j’aurais pu agir autrement ! »Le samedi matin 15 avril 1865, Abraham Lincoln agonisait dans une chambre d’hôtel juste en face du théâtre Ford où Booth, un exalté politique, l’avait abattu d’une balle de revolver. Le long corps de Lincoln reposait en travers du lit trop court. Une reproduction du tableau de Rosa Bonheur, La Foire aux chevaux,était suspendue au mur, et un manchon à gaz éclairait lugubrement la scène de sa lueur jaune.Tandis que Lincoln achevait de mourir, Stanton, le ministre de la Guerre, qui était présent, dit : « Voilà le plus parfait meneur d’hommes que le monde ait jamais connu. »Quel fut le secret de Lincoln ? Comment s’y prenait-il pour avoir une telle emprise sur les êtres ? Pendant dix ans, j’ai étudié la vie d’Abraham Lincoln, j’ai passé trois ans à écrire un livre intitulé Lincoln l’inconnu. Je crois avoir fait de sa personnalité, de sa vie intime, une étude aussi détaillée et complète qu’il était humainement possible de le faire. J’ai spécialement analysé les méthodes qu’il appliquait dans ses rapports avec ses semblables. Aimait-il critiquer ? Oh ! oui. Au temps de sa jeunesse, quand il habitait Pigeon Creek Valley, dans l’Etat d’Indiana, il allait jusqu’à écrire des épigrammes, des lettres, dans lesquelles il ridiculisait certaines personnes, et qu’il laissait tomber sur les routes, espérant que les intéressés les trouveraient. L’une de ces lettres suscita des rancunes qui durèrent toute une vie.Et même, devenu plus tard avoué à Springfield, dans l’Illinois, il provoquait ses adversaires dans des lettres ouvertes aux journaux. Un jour vint où la mesure fut comble...En 1842, il s’attaqua à un politicien irlandais vaniteux et batailleur, du nom de James Shields. Il le ridiculisa outrageusement dans le Springfield Journal. Un rire immense secoua la ville. Shields, fier et susceptible, bondit sous l’outrage. Il découvrit l’auteur de la lettre, sauta sur son cheval, trouva Lincoln et le provoqua en duel. Lincoln ne voulait pas se battre : il était opposé au duel, mais il ne pouvait l’éviter et sauver son honneur. On lui laissa le choix des armes. Comme il avait de longs bras, il se décida pour l’épée de cavalerie et prit des leçons d’escrime. Au jour dit, les deux adversaires se rencontrèrent sur les bords du Mississippi, prêts à se battre jusqu’à la mort. Heureusement, à la dernière minute, les témoins intervinrent et arrêtèrent le duel.Ce fut l’incident le plus tragique de la vie privée de Lincoln. Il en tira une précieuse leçon sur la manière de traiter ses semblables. Jamais plus il n’écrivit une lettre d’insultes ou de sarcasmes. A partir de ce moment, il se garda de critiquer les autres.Pendant la guerre de Sécession, Lincoln dut, à maintes reprises, changer les généraux qui étaient à la tête de l’armée du Potomac ; à tour de rôle, ils commettaient de funestes erreurs et plongeaient Lincoln dans le désespoir. La moitié du pays maudissait férocement ces généraux incapables. Cependant, Lincoln, « sans malice aucune et charitable envers tous », restait modéré dans ses propos. Une de ses citations préférées était celle-ci : « Ne juge point si tu ne veux point être jugé. »Et lorsque Mrs Lincoln ou d’autres blâmaient sévèrement les Sudistes, Lincoln répondait : « Ne les condamnez point ; dans les mêmes circonstances, nous aurions agi exactement comme eux. »Cependant, si jamais homme eut lieu de critiquer, ce fut bien Lincoln. Lisez plutôt ceci :La bataille de Gettysburg se poursuivit pendant les trois premiers jours de juillet 1863. Dans la nuit du 4, le général Lee ordonna la retraite vers le sud, tandis que des pluies torrentielles noyaient le pays. Quand Lee atteignit le Potomac à la tête de son armée vaincue, il fut arrêté par le fleuve grossi et infranchissable. Derrière lui, se trouvait l’armée victorieuse des Nordistes. Il se trouvait pris dans un piège. La fuite était impossible. Lincoln comprit cela ; il aperçut cette chance unique, cette aubaine inespérée : la possibilité de capturer Lee immédiatement et de mettre un terme aux hostilités. Alors, plein d’un immense espoir, il télégraphia au général Meade d’attaquer sur l’heure sans réunir le Conseil de guerre. De plus il envoya un messager pour confirmer son ordre.Et que fit le général Meade ? Il fit exactement le contraire de ce qu’on lui demandait. Il réunit un Conseil de guerre malgré la défense de Lincoln. Il hésita, tergiversa. Il refusa finalement d’attaquer Lee. Pendant ce temps, les eaux se retirèrent et Lee put s’échapper avec ses hommes au-delà du Potomac.Lincoln était furieux. « Grands dieux ! Nous les tenions ; nous n’avions qu’à étendre la main pour les cueillir et pourtant, malgré mes ordres pressants, notre armée n’a rien fait. Dans des circonstances pareilles, n’importe quel général aurait pu vaincre Lee. Moi-même, si j’avais été là-bas, j’aurais pu le battre ! »Plein de rancune, Lincoln écrivit à Meade la lettre suivante. Rappelez-vous qu’à cette époque de sa vie, il était très tolérant et fort modéré dans ses paroles. Ces lignes constituaient donc, pour un homme comme lui, le plus amer des reproches :     « Mon Général,« Je ne crois pas que vous appréciez toute l’étendue du désastre causé par la fuite de Lee. Il était à portée de main et, si vous l’aviez attaqué, votre prompt assaut, succédant à nos précédentes victoires, aurait amené à la fin de la guerre. Maintenant, au contraire, elle va se prolonger indéfiniment. Si vous n’avez pu combattre Lee, lundi dernier, comment pourrez-vous l’attaquer de l’autre côté du fleuve, avec deux tiers seulement des forces dont vous disposiez alors ? Il ne serait pas raisonnable d’espérer, et je n’espère pas, que vous pourrez accomplir maintenant des progrès sensibles. Votre plus belle chance est passée, et vous m’en voyez infiniment désolé. » Que fit, à votre avis, Meade, en lisant cette lettre ? Meade ne vit jamais cette lettre. Lincoln ne l’expédia pas. Elle fut trouvée dans ses papiers après sa mort.Je suppose, ce n’est qu’une supposition, qu’après avoir terminé sa missive, Lincoln se mit à regarder par la fenêtre et se dit : « Un moment... Ne soyons pas si pressé... Il m’est facile, à moi, assis tranquillement à la Maison-Blanche, de commander à Meade d’attaquer ; mais si j’avais été à Gettysburg, et si j’avais vu autant de sang que Meade en a vu, si mes oreilles avaient été transpercées par les cris des blessés et des mourants, peut-être, comme lui, aurais-je montré moins d’ardeur à courir à l’assaut. Si j’avais le caractère timide de Meade, j’aurais sans doute agi comme lui. Enfin, ce qui est fait est fait. Si je lui envoie cette lettre, cela me soulagera, mais cela lui donnera l’envie de se justifier : c’est moi qu’il condamnera. Il aura contre moi de l’hostilité et du ressentiment : il perdra la confiance en lui-même, sans laquelle il n’est pas de chef, et peut-être en viendra-t-il même à quitter l’armée. »C’est pourquoi, comme je l’ai dit plus haut, Lincoln rangea sa lettre, car une amère expérience lui avait appris que les reproches et les accusations sévères demeurent presque toujours vains. Theodore Roosevelt racontait qu’au temps de sa présidence, lorsqu’il se trouvait en face de quelque conjoncture embarrassante, il s’adossait à son fauteuil, levait les yeux vers un grand portrait de Lincoln suspendu au mur, et se disait : « Que ferait Lincoln s’il était à ma place ? Comment résoudrait-il ce problème ? »Alors, la prochaine fois que nous serons tentés de « passer un bon savon » à quelqu’un, pensons à Lincoln et demandons-nous : « Que ferait-il à notre place ? »Il arrivait à Mark Twain de laisser exploser sa colère dans sa correspondance. Un jour, à quelqu’un qui l’avait exaspéré, il écrivit : « Tout ce qu’il vous faut, c’est une place au cimetière. Vous n’avez qu’un mot à dire et je me charge de vous la réserver. » Une autre fois, parce qu’un correcteur avait tenté d’apporter quelque amélioration « à son orthographe et à sa ponctuation », il s’adressa à la rédaction en ces termes : « Conformez-vous à mon article et veillez à ce que ce correcteur garde ses conseils dans la bouillie qui lui tient lieu de cervelle. »Si ces lettres ont permis à Mark Twain de décharger sa bile, leur ton cinglant n’a jamais atteint ses destinataires. Mme Twain, en effet, sans en souffler mot à son mari, a fait en sorte qu’elles ne soient jamais expédiées.Connaissez-vous une personne que vous voudriez corriger ? Oui ? Parfait ! C’est une excellente idée. Mais pourquoi ne pas commencer par vous-même ? Ce serait beaucoup plus profitable que d’essayer de corriger les autres, et... beaucoup moins dangereux.Commençons par nous corriger nous-mêmes.Confucius disait : « Ne te plains pas de la neige qui se trouve sur le toit du voisin quand ton seuil est malpropre. »Quand j’étais jeune, j’étais fort prétentieux et je m’efforçais d’impressionner tout le monde. Un jour, j’adressai une lettre stupide à Richard Harding Davis, écrivain qui eut son temps de célébrité dans la littérature américaine. Je préparais un article sur les méthodes de travail des hommes de lettres et je priai Davis de me renseigner sur les siennes. Malheureusement, quelques semaines plus tôt, j’avais reçu une lettre d’une personne qui avait ajouté cette annotation : « Dicté mais non relu. » Cette formule m’avait plu. Voilà qui vous donnait l’air d’un personnage important, accablé de besogne ! Pour moi, j’étais bien loin d’être aussi occupé, mais je désirais tant me grandir aux yeux de Richard Harding Davis que je terminai aussi ma brève note par les mots : « Dicté mais non relu. »Le romancier ne répondit jamais à ma lettre. Il me la retourna simplement ornée de cette observation : « Votre grossièreté n’a d’égale que votre stupidité. » C’est vrai, j’avais fait une gaffe, j’avais sans doute mérité cet affront. Mais, c’est humain, je détestai Davis pour l’humiliation qu’il m’avait infligée. Et ma rancune demeura si vive que, lorsque j’appris sa mort dix ans plus tard, le seul souvenir qui se réveilla dans mon esprit — j’ai honte de l’avouer —, ce fut le mal qu’il m’avait fait.

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PREMIÈRE PARTIETROIS TECHNIQUES FONDAMENTALES POUR INFLUENCER LES AUTRESCHAPITRE 1SI VOUS VOULEZ RÉCOLTER DU MIEL, NE BOUSCULEZ PAS LA RUCHELe 7 mai 1931, la ville de New York assista à une sensationnelle chasse à l’homme. Après des semaines de recherches, « Two-Gun » Crowley, l’homme aux deux revolvers, l’assassin, le gangster qui ne fumait ni ne buvait, fut traqué dans l’appartement de sa belle, dans West End Avenue.Cent cinquante policiers l’assiégèrent dans sa cachette, au dernier étage de l’immeuble. Perçant des trous dans le toit, ils essayèrent de le faire sortir au moyen de gaz lacrymogènes. Puis ils braquèrent leurs fusils sur les immeubles environnants et, pendant plus d’une heure, ce quartier élégant de New York retentit du claquement des coups de feu. Protégé par un gros fauteuil rembourré, Crowley tirait sans relâche sur la police. Dix mille personnes observaient, surexcitées, la bataille. On n’avait jamais rien vu de semblable dans les rues de New York.Après l’avoir capturé, le chef de la police, Mulrooney, déclara :« Cet homme est un des criminels les plus dangereux que j’ai connus. Il tue pour rien. »Mais lui, Crowley, comment se considérait-il ? Tandis que la fusillade faisait rage autour de lui, il écrivait une lettre destinée à ceux qui trouveraient son cadavre. Le sang ruisselant de ses blessures faisait une traînée rouge sur le papier. Dans cette lettre, il disait : « Sous ma veste bat un cœur las, mais bon, et qui ne ferait de mal à personne. »Peu de temps avant ces événements, Crowley se trouvait à la campagne, près de Long Island. Tout à coup, un agent de police s’approcha de sa voiture arrêtée et dit : « Montrez-moi votre permis. »Sans articuler un mot, Crowley sortit son revolver et transperça le malheureux d’une grêle de balles. Puis il sauta de son siège, saisit l’arme du policier et tira encore une autre balle sur son corps inerte. Tel était l’assassin qui déclarait : « Sous ma veste bat un cœur las, mais bon, et qui ne ferait de mal à personne. »Crowley fut condamné à la chaise électrique. Quand il arriva à la chambre d’exécution, à la prison de Sing Sing, vous pensez peut-être qu’il dit : « Voilà ma punition pour avoir tué. » Non, il s’exclama : « Voilà ma punition pour avoir voulu me défendre. »La morale de cette histoire, c’est que « Two-Gun » ne se jugeait nullement coupable.Est-ce là une attitude extraordinaire chez un criminel ? Si tel est votre avis, écoutez ceci :« J’ai passé les meilleures années de ma vie à donner du plaisir et de l’amusement aux gens, et quelle a été ma récompense ? Des insultes et la vie d’un homme traqué ! »C’est Al Capone qui parle ainsi. Parfaitement ! L’ancien ennemi public numéro un, le plus sinistre chef de bande qui ait jamais terrifié Chicago, ne se condamne pas. Il se considère réellement comme un bienfaiteur public, un bienfaiteur incompris, traité avec ingratitude.C’est ce que disait aussi Dutch Schultz avant de s’écrouler sous les balles des gangsters de Newark. Dutch Schultz, l’un des bandits les plus notoires de New York, déclara, au cours d’une entrevue avec un journaliste, qu’il était un bienfaiteur public. Et il le croyait. J’ai quelques lettres fort intéressantes de M. Lawes, directeur du fameux pénitencier de Sing Sing. Il assure que peu de criminels, à Sing Sing, se considèrent comme des malfaiteurs. Ils se jugent tout aussi normaux que les autres hommes. Ils raisonnent, ils expliquent. Ils vous diront pourquoi ils ont été obligés de forcer un coffre-fort ou de presser la détente. Par un raisonnement logique ou fallacieux, la plupart s’efforcent de justifier, même à leurs propres yeux, leurs actes antisociaux, et déclarent en conséquence que leur emprisonnement est absolument inique.Si Al Capone, « Two-Gun » Crowley, Dutch Schultz et tous les malfrats sous les verrous se considèrent très souvent comme innocents, que pensent alors d’eux-mêmes les gens que nous rencontrons chaque jour, vous et moi ?John Wanamaker, propriétaire des grands magasins qui portent son nom, dit un jour : « Depuis trente ans, j’ai compris que la critique est inutile. J’ai bien assez de mal à corriger mes propres défauts sans me tourmenter parce que les hommes sont imparfaits et parce que Dieu n’a pas jugé bon de distribuer également à tous le don de l’intelligence. »Wanamaker en avait pris conscience très tôt. Pour moi, j’ai lutté pendant un tiers de siècle avant d’apercevoir la première lueur de cette vérité : quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, l’être humain se juge innocent, quelle que soit l’énormité de sa faute. La critique est vaine parce qu’elle met l’individu sur la défensive et le pousse à se justifier. La critique est dangereuse parce qu’elle blesse l’amour-propre et qu’elle provoque la rancune.Les expériences de B.F. Skinner, psychologue de réputation internationale, ont démontré que l’animal dont on récompensait la bonne conduite apprenait beaucoup plus rapidement et retenait mieux que l’animal puni pour son mauvais comportement. Des études plus récentes ont montré qu’il en allait de même pour l’être humain car, en critiquant, nous n’obtenons pas de changement durable. Nous nous attirons, au contraire, rancune et amertume.Un autre psychologue célèbre, Hans Seyle, dit : « Autant nous sommes avides d’approbation, autant nous redoutons le blâme. »La critique provoque la rancune et peut, de ce fait, décourager sérieusement employés, amis, entourage familial, sans pour autant redresser la situation.George B. Johnston, d’Enid, Oklahoma, chargé de la sécurité dans une entreprise de mécanique, doit veiller à ce que les employés portent un casque de protection. Autrefois, lorsqu’il rencontrait des ouvriers nu-tête, il leur ordonnait de se plier au règlement sur un ton qui n’admettait pas la réplique. On s’exécutait à contrecœur et, dès qu’il avait le dos tourné, on retirait son casque. Il décide donc de changer sa façon de faire. Lorsque l’occasion se représente, il demande si le casque n’est pas de la bonne taille... Il rappelle alors sur un ton volontairement aimable que le casque est conçu pour éviter les accidents, et suggère de toujours le porter pendant le travail. Depuis, c’est sans rechigner que les ouvriers se conforment au règlement.L’histoire est truffée d’exemples illustrant l’inanité de la critique. Ainsi, voyez le scandale du pétrole à Teapot Dome. Pendant plusieurs années, les journaux frémirent d’indignation. Jamais de mémoire d’homme, on n’avait vu pareille chose en Amérique. Voici les faits : Albert Fall, ministre de l’Intérieur sous le gouvernement du président Harding, fut chargé de louer les terrains pétrolifères du gouvernement à Elk Hill et à Teapot Dome, terrains destinés ultérieurement à l’usage de la marine. Au lieu de procéder par voie d’adjudication, Fall remit directement l’opulent contrat à son ami Edward Doheny. Et que fit à son tour Doheny ? Il donna au ministre Fall ce qu’il lui plut d’appeler « un prêt » de cent mille dollars. Ensuite, Fall expédia un détachement de soldats américains dans cette région pétrolifère pour en chasser les concurrents dont les puits adjacents tiraient le pétrole des réserves de Elk Hill. Ces concurrents, expulsés à la pointe des baïonnettes, se ruèrent devant les tribunaux et « firent éclater le scandale de Teapot Dome ». Le scandale ainsi révélé ruina l’administration de Harding, écœura une nation entière, faillit briser le parti républicain et amena Albert B. Fall derrière les barreaux d’une prison.Fall fut condamné sévèrement. Montra-t-il du repentir ? Nullement ! Quelques années plus tard, Herbert Hoover insinuait, dans un discours, que la mort du président Harding était due à l’angoisse et au tourment qu’il avait soufferts à cause de la trahison d’un ami. Quand Mme Fall entendit cela, elle bondit d’indignation, pleura, se tordit les mains, maudit la destinée et cria : « Quoi ! Harding trahi par Fall ? Non ! Non ! Mon mari n’a jamais trahi personne. Cette maison toute pleine d’or ne suffirait pas à le tenter ! C’est lui qu’on a trahi et mis au pilori ! »Vous voyez ! Voilà une manifestation typique de la nature humaine : le coupable qui blâme tout le monde, sauf lui-même. Mais nous sommes tous ainsi faits. Aussi, lorsque demain nous serons tentés de critiquer quelqu’un, rappelons-nous Al Capone, « Two-Gun » Crowley et Albert Fall. Sachons bien que la critique est comme le pigeon voyageur : elle revient toujours à son point de départ. Disons-nous que la personne que nous désirons blâmer et corriger fera tout pour se justifier et nous condamnera en retour. Ou bien, comme tant d’autres, elle s’exclamera : « Je ne vois pas comment j’aurais pu agir autrement ! »Le samedi matin 15 avril 1865, Abraham Lincoln agonisait dans une chambre d’hôtel juste en face du théâtre Ford où Booth, un exalté politique, l’avait abattu d’une balle de revolver. Le long corps de Lincoln reposait en travers du lit trop court. Une reproduction du tableau de Rosa Bonheur, La Foire aux chevaux,était suspendue au mur, et un manchon à gaz éclairait lugubrement la scène de sa lueur jaune.Tandis que Lincoln achevait de mourir, Stanton, le ministre de la Guerre, qui était présent, dit : « Voilà le plus parfait meneur d’hommes que le monde ait jamais connu. »Quel fut le secret de Lincoln ? Comment s’y prenait-il pour avoir une telle emprise sur les êtres ? Pendant dix ans, j’ai étudié la vie d’Abraham Lincoln, j’ai passé trois ans à écrire un livre intitulé Lincoln l’inconnu. Je crois avoir fait de sa personnalité, de sa vie intime, une étude aussi détaillée et complète qu’il était humainement possible de le faire. J’ai spécialement analysé les méthodes qu’il appliquait dans ses rapports avec ses semblables. Aimait-il critiquer ? Oh ! oui. Au temps de sa jeunesse, quand il habitait Pigeon Creek Valley, dans l’Etat d’Indiana, il allait jusqu’à écrire des épigrammes, des lettres, dans lesquelles il ridiculisait certaines personnes, et qu’il laissait tomber sur les routes, espérant que les intéressés les trouveraient. L’une de ces lettres suscita des rancunes qui durèrent toute une vie.Et même, devenu plus tard avoué à Springfield, dans l’Illinois, il provoquait ses adversaires dans des lettres ouvertes aux journaux. Un jour vint où la mesure fut comble...En 1842, il s’attaqua à un politicien irlandais vaniteux et batailleur, du nom de James Shields. Il le ridiculisa outrageusement dans le Springfield Journal. Un rire immense secoua la ville. Shields, fier et susceptible, bondit sous l’outrage. Il découvrit l’auteur de la lettre, sauta sur son cheval, trouva Lincoln et le provoqua en duel. Lincoln ne voulait pas se battre : il était opposé au duel, mais il ne pouvait l’éviter et sauver son honneur. On lui laissa le choix des armes. Comme il avait de longs bras, il se décida pour l’épée de cavalerie et prit des leçons d’escrime. Au jour dit, les deux adversaires se rencontrèrent sur les bords du Mississippi, prêts à se battre jusqu’à la mort. Heureusement, à la dernière minute, les témoins intervinrent et arrêtèrent le duel.Ce fut l’incident le plus tragique de la vie privée de Lincoln. Il en tira une précieuse leçon sur la manière de traiter ses semblables. Jamais plus il n’écrivit une lettre d’insultes ou de sarcasmes. A partir de ce moment, il se garda de critiquer les autres.Pendant la guerre de Sécession, Lincoln dut, à maintes reprises, changer les généraux qui étaient à la tête de l’armée du Potomac ; à tour de rôle, ils commettaient de funestes erreurs et plongeaient Lincoln dans le désespoir. La moitié du pays maudissait férocement ces généraux incapables. Cependant, Lincoln, « sans malice aucune et charitable envers tous », restait modéré dans ses propos. Une de ses citations préférées était celle-ci : « Ne juge point si tu ne veux point être jugé. »Et lorsque Mrs Lincoln ou d’autres blâmaient sévèrement les Sudistes, Lincoln répondait : « Ne les condamnez point ; dans les mêmes circonstances, nous aurions agi exactement comme eux. »Cependant, si jamais homme eut lieu de critiquer, ce fut bien Lincoln. Lisez plutôt ceci :La bataille de Gettysburg se poursuivit pendant les trois premiers jours de juillet 1863. Dans la nuit du 4, le général Lee ordonna la retraite vers le sud, tandis que des pluies torrentielles noyaient le pays. Quand Lee atteignit le Potomac à la tête de son armée vaincue, il fut arrêté par le fleuve grossi et infranchissable. Derrière lui, se trouvait l’armée victorieuse des Nordistes. Il se trouvait pris dans un piège. La fuite était impossible. Lincoln comprit cela ; il aperçut cette chance unique, cette aubaine inespérée : la possibilité de capturer Lee immédiatement et de mettre un terme aux hostilités. Alors, plein d’un immense espoir, il télégraphia au général Meade d’attaquer sur l’heure sans réunir le Conseil de guerre. De plus il envoya un messager pour confirmer son ordre.Et que fit le général Meade ? Il fit exactement le contraire de ce qu’on lui demandait. Il réunit un Conseil de guerre malgré la défense de Lincoln. Il hésita, tergiversa. Il refusa finalement d’attaquer Lee. Pendant ce temps, les eaux se retirèrent et Lee put s’échapper avec ses hommes au-delà du Potomac.Lincoln était furieux. « Grands dieux ! Nous les tenions ; nous n’avions qu’à étendre la main pour les cueillir et pourtant, malgré mes ordres pressants, notre armée n’a rien fait. Dans des circonstances pareilles, n’importe quel général aurait pu vaincre Lee. Moi-même, si j’avais été là-bas, j’aurais pu le battre ! »Plein de rancune, Lincoln écrivit à Meade la lettre suivante. Rappelez-vous qu’à cette époque de sa vie, il était très tolérant et fort modéré dans ses paroles. Ces lignes constituaient donc, pour un homme comme lui, le plus amer des reproches :     « Mon Général,« Je ne crois pas que vous appréciez toute l’étendue du désastre causé par la fuite de Lee. Il était à portée de main et, si vous l’aviez attaqué, votre prompt assaut, succédant à nos précédentes victoires, aurait amené à la fin de la guerre. Maintenant, au contraire, elle va se prolonger indéfiniment. Si vous n’avez pu combattre Lee, lundi dernier, comment pourrez-vous l’attaquer de l’autre côté du fleuve, avec deux tiers seulement des forces dont vous disposiez alors ? Il ne serait pas raisonnable d’espérer, et je n’espère pas, que vous pourrez accomplir maintenant des progrès sensibles. Votre plus belle chance est passée, et vous m’en voyez infiniment désolé. » Que fit, à votre avis, Meade, en lisant cette lettre ? Meade ne vit jamais cette lettre. Lincoln ne l’expédia pas. Elle fut trouvée dans ses papiers après sa mort.Je suppose, ce n’est qu’une supposition, qu’après avoir terminé sa missive, Lincoln se mit à regarder par la fenêtre et se dit : « Un moment... Ne soyons pas si pressé... Il m’est facile, à moi, assis tranquillement à la Maison-Blanche, de commander à Meade d’attaquer ; mais si j’avais été à Gettysburg, et si j’avais vu autant de sang que Meade en a vu, si mes oreilles avaient été transpercées par les cris des blessés et des mourants, peut-être, comme lui, aurais-je montré moins d’ardeur à courir à l’assaut. Si j’avais le caractère timide de Meade, j’aurais sans doute agi comme lui. Enfin, ce qui est fait est fait. Si je lui envoie cette lettre, cela me soulagera, mais cela lui donnera l’envie de se justifier : c’est moi qu’il condamnera. Il aura contre moi de l’hostilité et du ressentiment : il perdra la confiance en lui-même, sans laquelle il n’est pas de chef, et peut-être en viendra-t-il même à quitter l’armée. »C’est pourquoi, comme je l’ai dit plus haut, Lincoln rangea sa lettre, car une amère expérience lui avait appris que les reproches et les accusations sévères demeurent presque toujours vains. Theodore Roosevelt racontait qu’au temps de sa présidence, lorsqu’il se trouvait en face de quelque conjoncture embarrassante, il s’adossait à son fauteuil, levait les yeux vers un grand portrait de Lincoln suspendu au mur, et se disait : « Que ferait Lincoln s’il était à ma place ? Comment résoudrait-il ce problème ? »Alors, la prochaine fois que nous serons tentés de « passer un bon savon » à quelqu’un, pensons à Lincoln et demandons-nous : « Que ferait-il à notre place ? »Il arrivait à Mark Twain de laisser exploser sa colère dans sa correspondance. Un jour, à quelqu’un qui l’avait exaspéré, il écrivit : « Tout ce qu’il vous faut, c’est une place au cimetière. Vous n’avez qu’un mot à dire et je me charge de vous la réserver. » Une autre fois, parce qu’un correcteur avait tenté d’apporter quelque amélioration « à son orthographe et à sa ponctuation », il s’adressa à la rédaction en ces termes : « Conformez-vous à mon article et veillez à ce que ce correcteur garde ses conseils dans la bouillie qui lui tient lieu de cervelle. »Si ces lettres ont permis à Mark Twain de décharger sa bile, leur ton cinglant n’a jamais atteint ses destinataires. Mme Twain, en effet, sans en souffler mot à son mari, a fait en sorte qu’elles ne soient jamais expédiées.Connaissez-vous une personne que vous voudriez corriger ? Oui ? Parfait ! C’est une excellente idée. Mais pourquoi ne pas commencer par vous-même ? Ce serait beaucoup plus profitable que d’essayer de corriger les autres, et... beaucoup moins dangereux.Commençons par nous corriger nous-mêmes.Confucius disait : « Ne te plains pas de la neige qui se trouve sur le toit du voisin quand ton seuil est malpropre. »Quand j’étais jeune, j’étais fort prétentieux et je m’efforçais d’impressionner tout le monde. Un jour, j’adressai une lettre stupide à Richard Harding Davis, écrivain qui eut son temps de célébrité dans la littérature américaine. Je préparais un article sur les méthodes de travail des hommes de lettres et je priai Davis de me renseigner sur les siennes. Malheureusement, quelques semaines plus tôt, j’avais reçu une lettre d’une personne qui avait ajouté cette annotation : « Dicté mais non relu. » Cette formule m’avait plu. Voilà qui vous donnait l’air d’un personnage important, accablé de besogne ! Pour moi, j’étais bien loin d’être aussi occupé, mais je désirais tant me grandir aux yeux de Richard Harding Davis que je terminai aussi ma brève note par les mots : « Dicté mais non relu. »Le romancier ne répondit jamais à ma lettre. Il me la retourna simplement ornée de cette observation : « Votre grossièreté n’a d’égale que votre stupidité. » C’est vrai, j’avais fait une gaffe, j’avais sans doute mérité cet affront. Mais, c’est humain, je détestai Davis pour l’humiliation qu’il m’avait infligée. Et ma rancune demeura si vive que, lorsque j’appris sa mort dix ans plus tard, le seul souvenir qui se réveilla dans mon esprit — j’ai honte de l’avouer —, ce fut le mal qu’il m’avait fait.

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9782253176145