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livre numérique Les prophéties du pape Jean XXIII

Les prophéties du pape Jean XXIII

Presses du Châtelet (mai 2013)

Résumé

Cet ouvrage a paru sous le titre original : Le Profezie di papaGiovanniPremière édition française : Lattès/Alta, 1976.Si vous souhaitez prendre connaissance de notre catalogue :Pour être tenu au courant de nos nouveautés :Copyright © Edizioni Mediterranee, Roma, 1976Copyright © L’Archipel, 2013, pour la traduction française.ISBN : 978-2-84592-497-0traduit de l’italien par Geneviève CattanÀ Giorgio,en fraternelle amitié« Maintenant ils savent que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données et ils ont vraiment admis que je suis sorti de toi et ils ont cru que tu m’as envoyé. »Jean, 17:7-8INTRODUCTION« Bon maître, que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul. »Marc, 10:17-18Angelo Roncalli est né le 25 novembre 1881 à Sotto il Monte, dans la province de Bergame, non loin de Brusicco. Ses parents, Marianna Mazzola et Giambattista Roncalli, avaient plusieurs enfants et étaient les métayers du comte Morlani. En 1892, Angelo entre au petit séminaire de Bergame puis passe au grand séminaire, où il restera jusqu’à sa deuxième année de théologie, en 1900. C’est en 1895 que le jeune homme commence à tenir ce qu’il appelle son Journal de l’âme ; il ne cesse, jusqu’à sa mort, d’y inscrire ses angoisses et ses espérances. C’est aussi en 1895 qu’il endosse la soutane.En 1900, à l’occasion de l’Année sainte, il fait un pèlerinage à Rome. Le 4 janvier, grâce à une bourse d’études, il peut entrer au séminaire romain de l’Apollinaire. Il s’y distingue par son application et ses compétences. Il obtient le baccalauréat en théologie et un prix d’hébreu. Conscrit de la classe en 1901, il entre, le 30 novembre, au 73e RI de Bergame, à la caserne Umberto Ier (du nom du roi tué, un an auparavant, par l’anarchiste Bresci). Il est démobilisé en novembre 1902.Le 10 août 1904, en l’église Santa Maria in Monte-santo, il est ordonné prêtre. Dès le lendemain, le pape le reçoit en audience. De retour à Bergame, il devient le secrétaire de Mgr Giacomo Maria Radini Tedeschi, qui lui témoignera toujours son affection. De son côté, le jeune prêtre est littéralement modelé par la personnalité de cet homme fort, volontaire, d’une foi immense. Au cours des dures années de pontificat, dans son Journal de l’âme et dans ses entretiens avec ses collaborateurs, il se réfère souvent à son modèle. La mort même n’interrompra pas leur dialogue.À cette époque déjà, Angelo Roncalli manifeste son intérêt pour les voyages. Il veut connaître les gens, leurs coutumes, leur réalité quotidienne. Jamais il ne cessera de voyager, malgré les nombreux rappels à l’ordre de la hiérarchie ; nonce apostolique nommé ici ou là, il lui arriva d’abandonner son siège pour de longues périodes, afin de se rendre au cœur des diocèses – quitte à affronter des dangers. Jusqu’alors, un nonce devait, sans quitter la capitale, se limiter à établir des relations diplomatiques. Cette règle, Angelo Roncalli la bouleverse. Il va à la rencontre des communautés les plus petites, des missionnaires. En jeep, parfois même à pied. Il célèbre personnellement le rituel dans les milieux les plus hostiles. Souvent, il doit dormir en voiture, dans une grange, une porcherie ou à la belle étoile. Peu importe : il aime cette vie.Après un pèlerinage en Terre sainte, il se rend en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie et en Pologne. En 1915, rappelé sous les drapeaux avec le grade de sergent sanitaire, il est nommé aumônier de l’hôpital de Bergame. En 1916, il rend public dans la presse son hommage à l’évêque tant aimé, « En souvenir de Mgr G.M. Radini Tedeschi ». À la fin de la guerre, il est pressenti pour s’occuper des étudiants, dont il comprend particulièrement bien les problèmes. En 1918, il fonde la Maison de l’étudiant de Bergame et, l’année suivante, devient directeur spirituel du séminaire de sa ville.Alors que tout le destine à se préoccuper des jeunes et de leur vocation, le pape l’appelle à Rome. Sa vie est une suite de péripéties de ce genre, qu’il a toujours acceptées avec humilité et enthousiasme, même si, plus d’une fois, il dut bouleverser ses programmes spirituels dans la précipitation. Le pape le fait entrer dans la Congrégation sacrée de propagation de la foi, et l’homme de Bergame réussit, non sans difficulté, à s’introduire dans ce milieu de la curie romaine, qui lui est si étranger. Il est élu président du Conseil central pour l’Italie des œuvres pontificales missionnaires et, en novembre 1924, il est nommé professeur de patristique à la faculté pontificale de Saint-Jean-du-Latran, à Rome.L’année suivante, il est nommé évêque de l’église San Carlo al Corso, mais sa vie connaît alors un nouveau bouleversement : la Curie le réclame ailleurs. Nommé archevêque d’Aeropoli, il est envoyé en Bulgarie comme visiteur apostolique. Il voyage sans cesse, s’épuise à contacter toutes les communautés chrétiennes et, en 1927, après de longues manœuvres diplomatiques, réussit à rencontrer Stepanosse Hovegnimian, métropolite des Arméniens. En devenant frère parmi les frères, en surmontant des obstacles vieux de plusieurs siècles, les conventions, les barrières, les anathèmes, les excommunications et hostilités en tout genre, il fait ses premiers pas sur la voie d’un œcuménisme qu’il n’abandonnera plus. En 1931, il est nommé premier délégué apostolique en Bulgarie. Mais un changement radical va de nouveau modifier sa vie. La Turquie et la Grèce vivent des situations difficiles, très particulières. L’Église y connaît de grandes difficultés et a besoin d’une personne dynamique mais prudente, diplomatiquement sûre et disposée à accepter des humiliations, des sacrifices, voire des persécutions. On choisit Angelo Roncalli. En qualité d’archevêque de Mesembria, il devient délégué apostolique en Turquie et en Grèce. La même année, son père meurt.Angelo Roncalli voyage inlassablement. Il aura à vaincre la méfiance des gouvernements locaux, mais aussi les nombreux obstacles que le Vatican met sur son chemin – rappels à l’ordre et autres avertissements. Quatre ans durant, il visitera les communautés les plus lointaines, organisera des rencontres secrètes, créera un réseau important de sympathies et d’amitiés, qui ouvriront à l’Église catholique un monde qui semblait perdu pour elle. En 1939, l’essai sur lequel il travaille depuis des années est publié : Les Débuts du séminaire de Bergame et Saint-Charles-Borromée, notes historiques.1941. Nouvelle étape sur la voie de l’œcuménisme. En visite à Sofia, il donne l’accolade à Stefan, métropolite orthodoxe. Cette rencontre, apparemment fortuite, se déroule en terrain neutre, dans un ascenseur. Angelo Roncalli désirait cette entrevue, mais il savait aussi à quels dangers il s’exposait, notamment vis-à-vis des forces les plus conservatrices de l’Église. Entretemps, la Seconde Guerre mondiale a éclaté et le futur souverain pontife visite une Grèce en ruines, détruite par les bombes. En 1944, un désaccord surgit entre la France libérée et le Saint-Siège. Le général de Gaulle, fervent catholique, fait savoir à Pie XII qu’il n’entend pas garder les évêques et prélats compromis par le régime collaborateur de Pétain. La situation est désespérée. Le pape réfléchit, passe en revue ses cadres et se souvient de cet homme prudent, silencieux, sympathique, qui avait fait preuve de sa grande compétence en Turquie. Et voici Angelo Roncalli nommé nonce apostolique en France, pour une mission des plus difficiles. Le premier contact, privé, avec de Gaulle et ses adjoints n’est pas tendre ; le général a dressé deux listes : la première énumère les noms des évêques et prélats à chasser, la seconde, ceux des prélats qui se sont distingués dans la Résistance. Roncalli retient les noms de ces derniers pour une éventuelle promotion et, après avoir présenté ses lettres de créance, il prend le temps de mettre sa diplomatie en place. Alternant réceptions, rencontres imprévisibles et visites impromptues dans les diocèses les plus lointains, il réussit à ne pas mécontenter le gouvernement, à défaut de lui donner satisfaction. Il devient l’ami de ministres francs-maçons, laïcs, anticléricaux. Sa maison est ouverte à tous, et à sa table se côtoient des personnes politiquement opposées.De Gaulle lui témoigne la plus grande admiration. Après la mort de Pie XII, au moment du conclave, le général, qui, entre-temps, est revenu au pouvoir, rappellera spécialement l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège pour lui demander d’agir au mieux en faveur de Roncalli. Le futur Jean XXIII n’a jamais su cela. Il n’y aurait d’ailleurs pas prêté attention, puisqu’il mettait tout, comme toujours, sur le compte de la Providence et du Saint-Esprit.La province française et la Belgique sont sillonnées, c’est ainsi qu’on le voit dans les diocèses oubliés, dans les églises les plus humbles. Et, alors qu’il croit sa mission sur terre arrivée à son couronnement et qu’il souhaite retourner vivre à Bergame, chez les religieuses, son élévation à la pourpre est annoncée. Il est cardinal de l’Église apostolique romaine. 1953, 15 janvier. Selon les usages, il reçoit la barrette de cardinal des mains du président de la République française, son ami Vincent Auriol, à l’Élysée. Au même moment, à Rome, Pie XII annonce officiellement que le cardinal Roncalli est nommé patriarche de Venise. Sa vie, une fois de plus, est bouleversée, mais c’est avec enthousiasme et sérénité qu’il fait son entrée dans son nouveau diocèse, acclamé par des milliers de fidèles. Il pense qu’il vit la dernière étape, il le note même dans son Journal de l’âme. Pourtant, six ans après, Pie XII meurt. Angelo Roncalli, accompagné du fidèle Mgr Loris Capovilla, part pour Rome, où il doit participer au conclave.La situation est tendue. L’assemblée est divisée sur l’obstination de Pie XII, pour certaines raisons obscures, à refuser l’élévation cardinalice de Giovanni Battista Montini. Mais les conflits externes n’ont pas leur place au conclave : seule la foi pure est au centre des débats, et il s’agit, d’une manière ou d’une autre, de conduire la barque de saint Pierre. Les factions progressistes et conservatrices comprennent que leurs candidats ne gagneront pas la partie et quelqu’un, alors, murmure le nom d’Angelo Roncalli. Celui-ci en est le premier stupéfait et tremble devant la lourde tâche qui pourrait lui incomber. Sa candidature se renforce. Il est élu. Il choisit alors le nom de Jean XXIII – un acte révolutionnaire de la part de ce pape qui aurait dû n’être que de passage et qui n’aurait dû apporter aucun changement à l’intérieur de l’Église. Jean, le prénom, par référence à Baptiste et à l’Évangéliste. XXIII pour effacer une équivoque historique, selon laquelle un pape qui portait ce nom devint par la suite antipape. Dès qu’il se présente à la foule massée sur la place Saint-Pierre, il soulève les enthousiasmes, même si son nom ne leur évoque pas grand-chose. Sa silhouette, son visage, son allure ouverte et sa bonhomie familière – mélange habile de diplomatie et de prudence, ces dons cultivés pendant des décennies dans les nonciatures et les délégations – plaisent immédiatement.Le 4 novembre 1958, il est solennellement intronisé à Saint-Pierre, devant une foule immense. Vingt jours après, il nomme vingt-trois cardinaux – parmi lesquels Montini –, et commence alors son pontificat « particulier ». Ses premières visites sont consacrées aux prisonniers de la prison Regina Cœli, à Rome, et aux malades des hôpitaux.C’est un vrai bouleversement : la lenteur bureaucratique de la Curie est bousculée et les formalismes sont dépassés. Alors qu’il écrit une de ses premières encycliques, son secrétaire d’État, relisant quelques feuillets manuscrits, lui fait remarquer que certains mots n’appartiennent pas à la langue italienne. « Même le dictionnaire Palazzi ne les cite pas », remarque le cardinal. Et le pape Jean répond, dans un sourire : « Eh bien, nous réformerons aussi le Palazzi. »Le 25 janvier 1959, le nouveau pape, vêtu de sa robe d’évêque de Rome, annonce, en l’église Saint-Paul-hors-les-Murs, la célébration imminente d’un synode pour le diocèse de Rome et d’un concile pour l’Église catholique. C’est le fameux « concile Vatican II ».La nouvelle fait l’effet d’une bombe. Dans les notes laissées par son prédécesseur, Jean XXIII a trouvé l’amorce du concile. Mais Pie XII avait sans doute jugé l’initiative prématurée et avait souligné les risques d’une telle opération pour l’Église. Le pape Jean, lui, ose. Il veut que tous les hommes de l’Église puissent parler, qu’ils confrontent leurs expériences, leurs idées, surtout sur le plan de la communion fraternelle et ecclésiastique. Car l’Église a besoin que ses fils parlent et témoignent. Et les fidèles, eux, attendent de leurs pasteurs la clarté.La même année, il publie sa première lettre encyclique, Ad Petri Cathedram. Entre fin 1959 et début 1960, huit cardinaux sont nommés. À mesure que leur nombre augmente, l’Église s’enrichit d’expériences nouvelles. En 1960, après avoir élevé à la pourpre cardinalice un Africain, un Japonais et un Philippin, Jean XXIII révolutionne de nouveau l’Église en recevant le primat de l’Église anglicane. Dans le même temps, il rencontre d’autres frères séparés de l’Église et ouvre la voie à des études sur les sociétés ésotériques et initiatiques, et sur leurs relations avec l’Église. Prémices d’une opération qui doit conduire au dépassement de l’excommunication pour les francs-maçons.En 1961, il nomme quatre nouveaux cardinaux et reçoit les souverains d’Angleterre, Élisabeth II et Philippe d’Édimbourg, puis ceux de Belgique, Baudouin et Fabiola. C’est la même année que paraît une de ses plus extraordinaires encycliques, la Mater Magistra, œuvre fondamentale pour la pensée moderne de l’Église : l’esprit de Jean XXIII y explose dans un embrasement d’enthousiasme pour le monde et les hommes. Le Christ est à tous, même à ceux qui le rejettent, l’Évangile à tous. Et le monde répond à cet enthousiasme avec une chaleur rarement témoignée dans pareil cas. Mater Magistra donne du souffle aux voix qui se préparent au concile, l’Église y trouve courage et force, on y redécouvre des choses oubliées et qui appartiennent à une tradition d’authenticité, dont le pape Jean XXIII ne s’écartera jamais – malgré certaines campagnes de presse calomnieuses qui voudraient faire croire le contraire.En 1961 toujours, le secrétaire d’État Domenico Tardini disparaît. Il est remplacé par le cardinal Amleto Cicognani. En novembre, le pape envoie son encyclique Aeterna Dei et, à Noël, la lettre qui annonce le concile Vatican II pour 1962.Tout en se préparant pour ce grand événement, Jean XXIII trouve le temps de nommer dix nouveaux cardinaux, de recevoir des chefs d’État et de se rendre en pèlerinage à Lorette et Assise. C’est, depuis des siècles, le premier pape qui s’éloigne du Saint-Siège. Sur son passage, les foules se pressent et lui manifestent un attachement toujours croissant.Le monde entier assistera, le 11 octobre, à l’inauguration officielle de la première session du concile. À travers ses Pères, l’Église s’affronte et se rencontre, dialogue, s’observe et s’ouvre. Le 25 novembre, jour de son quatre-vingt et unième anniversaire, le pape subit une première attaque de son mal. Le 8 décembre, il lève la première session du concile et annonce une nouvelle convocation pour le mois de septembre suivant. Mars 1963. Au grand scandale du monde occidental et des conservateurs en général, Jean XXIII reçoit Rada Krusciova, fille du Premier secrétaire soviétique, et son mari, le journaliste Alexei Agiubei.Le jour du Jeudi saint, il rend publique son encyclique Pacem in Terris : son discours prend une ampleur universelle, l’humanité tout entière est impliquée dans le message de rédemption du christianisme, contenu dans l’élément « Amour, Paix et Tolérance ». Des barrières s’effondrent. L’Église a un visage nouveau – qui, en réalité, est le sien depuis toujours, si l’on fait une analyse critique, historique et sociale des différents moments qu’elle a vécus, et des victoires qu’au nom de l’homme et de son progrès elle a remportées. Dans Pacem in Terris, la Cité de Dieu devient Cité de l’Homme. Le discours œcuménique, déjà courageusement amorcé par le concile, mêle ces deux concepts à travers la voix du Saint-Père : ferme et douce à la fois, celle-ci est l’authentique interprétation du christianisme par le Vicaire de saint Pierre qui fonda cette Église.Il ne suffit pas de découvrir le Christ-Dieu dans le mystère de la Trinité, dans la Parole et la Révélation, dans le Sacrifice et le Salut. Il faut aussi découvrir le Christ-Homme. Le Christ dans le frère, l’ami ou l’ennemi. Le Christ dans chaque être humain. Le découvrir, grâce à cet amour qui est, de tous les actes chrétiens, le plus courageux : ici réside le véritable enseignement de Jean XXIII, d’une Église non pas nouvelle, comme on le dit à tort, mais rétablie dans ses valeurs immuables.Sans doute est-ce là la seule explication de la sympathie profonde que tous – y compris les non-croyants – ont témoignée à ce pape, qui a su rénover la réalité humaine du Christ. Ne s’est-il pas constitué lui-même témoin de cette réalité en apportant à tous la Parole du Christ-Dieu et du Christ-Homme, tout en s’opposant à l’esprit conservateur et aux privilèges ? À un malheureux, qui disait n’être pas touché par la foi, quelqu’un répondit : « Tu ne crois pas en Jésus-Christ, mais sache que l’important est que Lui croit en toi. » Christ-Dieu. Christ-Homme. Mystère de la foi, qui prend ses racines en chacun de nous. Ce quelque chose qui nous appartient et que le pape Jean XXIII a seulement rappelé en nous donnant la force de faire renaître en nous ce mystère.Mystère profondément initiatique aussi, car comment ne pas retrouver, dans le témoignage du pape Jean, les enseignements de Hermès Trismegistus sur la « réalité de la Chose unique », ou l’affirmation de Pythagore, ce grand initié, quand il parle de « l’homme qui doit devenir l’égal de Dieu », dans ses « Vers d’or » ?Si une lecture profane de ces vers pythagoriciens peut mener à des considérations de type faustien, une lecture initiatique, symbolique, qui sous-entend la connaissance de la clé exacte de ces vers, révèle des coïncidences avec l’exemple donné par le pape Jean XXIII, tout entier mêlé à la tradition chrétienne. Jean XXIII apparaît en public pour la dernière fois en 1963, à l’occasion de la fête de l’Ascension. Il est à la fenêtre de son bureau. Les mots qu’il prononce sont empreints de douceur, de simplicité, d’humanité. Puis, ce 3 juin 1963, frappe la mort, vide impossible à combler. Avec lui, en chacun de nous s’éteint une petite flamme. Le 18 novembre 1965, le concile Vatican II travaille à temps plein. Les volontés du pape Jean XXIII sont accomplies. Le nouveau pape annonce que Pie XII et Jean XXIII seront béatifiés. Angelo Roncalli, qui fait déjà partie de l’Histoire, s’apprête à accéder au rang des Bienheureux.On donnera de lui mille définitions, les unes par excès de sympathie, les autres par souci d’instrumentalisation, d’autres encore pour tenter de faire un peu leur une figure qui ne nous abandonnera jamais. « Pastor et Nauta », l’homme venu de la terre bergamasque et de la cité des eaux, Venise. On le surnommera aussi le « Bon Pape ».Je ne crois pas qu’il en serait content. Parce qu’il n’y a pas, dans l’Église, de bons ou de méchants papes, il n’y a que des papes, sans qualificatif. Cela, Jean XXIII le savait. Et il sut le démontrer.L’HISTOIRE DES PROPHÉTIESPour ce qui est des dons spirituels, frères, je ne veux pas vous voir dans l’ignorance.Corinthiens, 12:1Un village au pied de l’imposante forteresse, où le comte Alexandre de Cagliostro fut emprisonné, Saint-Léon-de-Montefeltro. C’était au soir d’une de mes nombreuses visites à la cellule, où le « maître inconnu » fut emmuré vivant. Dans la cour, sous la conduite de la guide, impeccable et ponctuelle, les derniers touristes se préparaient à partir. J’hésitais encore. Appuyé au muret, je regardais le mont en forme de tortue, que Cagliostro évoque dans une de ses nombreuses prophéties (« Je souffrirai auprès de la tortue. »). Les témoignages ne manquent guère sur l’ampleur de ses souffrances, et il faut être de parti pris ou refuser toute analyse historique pour continuer à croire que Alexandre de Cagliostro ne fut qu’un petit aventurier, et non ce grand initié que nous connaissons aujourd’hui.Un vieil homme et son chien se tenaient tout près. Il me semblait reconnaître le visage de l’homme, sans pour autant m’en souvenir. Vêtu de gris, la peau olivâtre et les cheveux blancs, il avait un air oriental. Pendant une demi-journée, il avait tourné dans la cour, sans but apparent, suivi de son brave chien-loup. L’homme paraissait connaître l’endroit et ses plus petits secrets. Longtemps, il était resté assis sur le muret d’où l’on distingue ces fameux cercles qui inspirèrent Dante, banni à Saint-Léon pour son « Chant de l’Enfer ». Longtemps, il était resté dans la cellule de Cagliostro, seul. Sur le lit en bois, il avait laissé un bouquet de roses, lié par trois rubans : un noir, un blanc, un rouge. Les couleurs initiatiques de la tradition martinienne et gnostique.Son visage me disait quelque chose. Mais l’homme ne semblait pas désirer le contact. Il faisait presque nuit. Je me détachais du mur, décidé à partir, quand le vieillard lâcha la laisse du chien, qui se précipita vers moi et se frotta amicalement. Je le caressai. Puis je relevai la tête. Le vieillard se trouvait devant moi. Il sourit légèrement et je crus de nouveau le reconnaître.— Où en sont vos recherches sur Cagliostro ? me dit-il.— J’avance, un peu grâce à vous. Le document que vous avez déposé chez moi l’autre nuit m’a été très utile. Comme je l’ai déjà raconté ailleurs, les premiers temps où je me suis penché sur des documents inédits pour tenter de faire toute la vérité sur Cagliostro, quelqu’un, une nuit, sonna à la porte de ma maison de Milan. J’ouvris et me retrouvai face à un vieil homme qui, sans se présenter, me remit une petite boîte. « C’est une dette que je dois payer », me dit-il simplement. Et il s’en alla. Dans la petite boîte, il y avait un microfilm reproduisant quelques-unes des pages fondamentales de l’œuvre de Cagliostro, concernant le rituel égyptien de la maçonnerie fondée par lui-même ou encore son testament spirituel. — Ce n’était pas moi, dit le vieillard en se baissant pour attacher la laisse à son chien. Ce n’était pas moi, mais quelqu’un que je connais bien. Cagliostro a besoin de justice, même si tout ne peut être dit sur lui. Certaines choses doivent rester secrètes, et ce, ni par amour du secret, ni par goût sectaire, ni même par volonté élitiste. Vous me comprenez ?

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Cet ouvrage a paru sous le titre original : Le Profezie di papaGiovanniPremière édition française : Lattès/Alta, 1976.Si vous souhaitez prendre connaissance de notre catalogue :Pour être tenu au courant de nos nouveautés :Copyright © Edizioni Mediterranee, Roma, 1976Copyright © L’Archipel, 2013, pour la traduction française.ISBN : 978-2-84592-497-0traduit de l’italien par Geneviève CattanÀ Giorgio,en fraternelle amitié« Maintenant ils savent que tout ce que tu m’as donné vient de toi ; car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données et ils ont vraiment admis que je suis sorti de toi et ils ont cru que tu m’as envoyé. »Jean, 17:7-8INTRODUCTION« Bon maître, que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle ? » Jésus lui dit : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon que Dieu seul. »Marc, 10:17-18Angelo Roncalli est né le 25 novembre 1881 à Sotto il Monte, dans la province de Bergame, non loin de Brusicco. Ses parents, Marianna Mazzola et Giambattista Roncalli, avaient plusieurs enfants et étaient les métayers du comte Morlani. En 1892, Angelo entre au petit séminaire de Bergame puis passe au grand séminaire, où il restera jusqu’à sa deuxième année de théologie, en 1900. C’est en 1895 que le jeune homme commence à tenir ce qu’il appelle son Journal de l’âme ; il ne cesse, jusqu’à sa mort, d’y inscrire ses angoisses et ses espérances. C’est aussi en 1895 qu’il endosse la soutane.En 1900, à l’occasion de l’Année sainte, il fait un pèlerinage à Rome. Le 4 janvier, grâce à une bourse d’études, il peut entrer au séminaire romain de l’Apollinaire. Il s’y distingue par son application et ses compétences. Il obtient le baccalauréat en théologie et un prix d’hébreu. Conscrit de la classe en 1901, il entre, le 30 novembre, au 73e RI de Bergame, à la caserne Umberto Ier (du nom du roi tué, un an auparavant, par l’anarchiste Bresci). Il est démobilisé en novembre 1902.Le 10 août 1904, en l’église Santa Maria in Monte-santo, il est ordonné prêtre. Dès le lendemain, le pape le reçoit en audience. De retour à Bergame, il devient le secrétaire de Mgr Giacomo Maria Radini Tedeschi, qui lui témoignera toujours son affection. De son côté, le jeune prêtre est littéralement modelé par la personnalité de cet homme fort, volontaire, d’une foi immense. Au cours des dures années de pontificat, dans son Journal de l’âme et dans ses entretiens avec ses collaborateurs, il se réfère souvent à son modèle. La mort même n’interrompra pas leur dialogue.À cette époque déjà, Angelo Roncalli manifeste son intérêt pour les voyages. Il veut connaître les gens, leurs coutumes, leur réalité quotidienne. Jamais il ne cessera de voyager, malgré les nombreux rappels à l’ordre de la hiérarchie ; nonce apostolique nommé ici ou là, il lui arriva d’abandonner son siège pour de longues périodes, afin de se rendre au cœur des diocèses – quitte à affronter des dangers. Jusqu’alors, un nonce devait, sans quitter la capitale, se limiter à établir des relations diplomatiques. Cette règle, Angelo Roncalli la bouleverse. Il va à la rencontre des communautés les plus petites, des missionnaires. En jeep, parfois même à pied. Il célèbre personnellement le rituel dans les milieux les plus hostiles. Souvent, il doit dormir en voiture, dans une grange, une porcherie ou à la belle étoile. Peu importe : il aime cette vie.Après un pèlerinage en Terre sainte, il se rend en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie et en Pologne. En 1915, rappelé sous les drapeaux avec le grade de sergent sanitaire, il est nommé aumônier de l’hôpital de Bergame. En 1916, il rend public dans la presse son hommage à l’évêque tant aimé, « En souvenir de Mgr G.M. Radini Tedeschi ». À la fin de la guerre, il est pressenti pour s’occuper des étudiants, dont il comprend particulièrement bien les problèmes. En 1918, il fonde la Maison de l’étudiant de Bergame et, l’année suivante, devient directeur spirituel du séminaire de sa ville.Alors que tout le destine à se préoccuper des jeunes et de leur vocation, le pape l’appelle à Rome. Sa vie est une suite de péripéties de ce genre, qu’il a toujours acceptées avec humilité et enthousiasme, même si, plus d’une fois, il dut bouleverser ses programmes spirituels dans la précipitation. Le pape le fait entrer dans la Congrégation sacrée de propagation de la foi, et l’homme de Bergame réussit, non sans difficulté, à s’introduire dans ce milieu de la curie romaine, qui lui est si étranger. Il est élu président du Conseil central pour l’Italie des œuvres pontificales missionnaires et, en novembre 1924, il est nommé professeur de patristique à la faculté pontificale de Saint-Jean-du-Latran, à Rome.L’année suivante, il est nommé évêque de l’église San Carlo al Corso, mais sa vie connaît alors un nouveau bouleversement : la Curie le réclame ailleurs. Nommé archevêque d’Aeropoli, il est envoyé en Bulgarie comme visiteur apostolique. Il voyage sans cesse, s’épuise à contacter toutes les communautés chrétiennes et, en 1927, après de longues manœuvres diplomatiques, réussit à rencontrer Stepanosse Hovegnimian, métropolite des Arméniens. En devenant frère parmi les frères, en surmontant des obstacles vieux de plusieurs siècles, les conventions, les barrières, les anathèmes, les excommunications et hostilités en tout genre, il fait ses premiers pas sur la voie d’un œcuménisme qu’il n’abandonnera plus. En 1931, il est nommé premier délégué apostolique en Bulgarie. Mais un changement radical va de nouveau modifier sa vie. La Turquie et la Grèce vivent des situations difficiles, très particulières. L’Église y connaît de grandes difficultés et a besoin d’une personne dynamique mais prudente, diplomatiquement sûre et disposée à accepter des humiliations, des sacrifices, voire des persécutions. On choisit Angelo Roncalli. En qualité d’archevêque de Mesembria, il devient délégué apostolique en Turquie et en Grèce. La même année, son père meurt.Angelo Roncalli voyage inlassablement. Il aura à vaincre la méfiance des gouvernements locaux, mais aussi les nombreux obstacles que le Vatican met sur son chemin – rappels à l’ordre et autres avertissements. Quatre ans durant, il visitera les communautés les plus lointaines, organisera des rencontres secrètes, créera un réseau important de sympathies et d’amitiés, qui ouvriront à l’Église catholique un monde qui semblait perdu pour elle. En 1939, l’essai sur lequel il travaille depuis des années est publié : Les Débuts du séminaire de Bergame et Saint-Charles-Borromée, notes historiques.1941. Nouvelle étape sur la voie de l’œcuménisme. En visite à Sofia, il donne l’accolade à Stefan, métropolite orthodoxe. Cette rencontre, apparemment fortuite, se déroule en terrain neutre, dans un ascenseur. Angelo Roncalli désirait cette entrevue, mais il savait aussi à quels dangers il s’exposait, notamment vis-à-vis des forces les plus conservatrices de l’Église. Entretemps, la Seconde Guerre mondiale a éclaté et le futur souverain pontife visite une Grèce en ruines, détruite par les bombes. En 1944, un désaccord surgit entre la France libérée et le Saint-Siège. Le général de Gaulle, fervent catholique, fait savoir à Pie XII qu’il n’entend pas garder les évêques et prélats compromis par le régime collaborateur de Pétain. La situation est désespérée. Le pape réfléchit, passe en revue ses cadres et se souvient de cet homme prudent, silencieux, sympathique, qui avait fait preuve de sa grande compétence en Turquie. Et voici Angelo Roncalli nommé nonce apostolique en France, pour une mission des plus difficiles. Le premier contact, privé, avec de Gaulle et ses adjoints n’est pas tendre ; le général a dressé deux listes : la première énumère les noms des évêques et prélats à chasser, la seconde, ceux des prélats qui se sont distingués dans la Résistance. Roncalli retient les noms de ces derniers pour une éventuelle promotion et, après avoir présenté ses lettres de créance, il prend le temps de mettre sa diplomatie en place. Alternant réceptions, rencontres imprévisibles et visites impromptues dans les diocèses les plus lointains, il réussit à ne pas mécontenter le gouvernement, à défaut de lui donner satisfaction. Il devient l’ami de ministres francs-maçons, laïcs, anticléricaux. Sa maison est ouverte à tous, et à sa table se côtoient des personnes politiquement opposées.De Gaulle lui témoigne la plus grande admiration. Après la mort de Pie XII, au moment du conclave, le général, qui, entre-temps, est revenu au pouvoir, rappellera spécialement l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège pour lui demander d’agir au mieux en faveur de Roncalli. Le futur Jean XXIII n’a jamais su cela. Il n’y aurait d’ailleurs pas prêté attention, puisqu’il mettait tout, comme toujours, sur le compte de la Providence et du Saint-Esprit.La province française et la Belgique sont sillonnées, c’est ainsi qu’on le voit dans les diocèses oubliés, dans les églises les plus humbles. Et, alors qu’il croit sa mission sur terre arrivée à son couronnement et qu’il souhaite retourner vivre à Bergame, chez les religieuses, son élévation à la pourpre est annoncée. Il est cardinal de l’Église apostolique romaine. 1953, 15 janvier. Selon les usages, il reçoit la barrette de cardinal des mains du président de la République française, son ami Vincent Auriol, à l’Élysée. Au même moment, à Rome, Pie XII annonce officiellement que le cardinal Roncalli est nommé patriarche de Venise. Sa vie, une fois de plus, est bouleversée, mais c’est avec enthousiasme et sérénité qu’il fait son entrée dans son nouveau diocèse, acclamé par des milliers de fidèles. Il pense qu’il vit la dernière étape, il le note même dans son Journal de l’âme. Pourtant, six ans après, Pie XII meurt. Angelo Roncalli, accompagné du fidèle Mgr Loris Capovilla, part pour Rome, où il doit participer au conclave.La situation est tendue. L’assemblée est divisée sur l’obstination de Pie XII, pour certaines raisons obscures, à refuser l’élévation cardinalice de Giovanni Battista Montini. Mais les conflits externes n’ont pas leur place au conclave : seule la foi pure est au centre des débats, et il s’agit, d’une manière ou d’une autre, de conduire la barque de saint Pierre. Les factions progressistes et conservatrices comprennent que leurs candidats ne gagneront pas la partie et quelqu’un, alors, murmure le nom d’Angelo Roncalli. Celui-ci en est le premier stupéfait et tremble devant la lourde tâche qui pourrait lui incomber. Sa candidature se renforce. Il est élu. Il choisit alors le nom de Jean XXIII – un acte révolutionnaire de la part de ce pape qui aurait dû n’être que de passage et qui n’aurait dû apporter aucun changement à l’intérieur de l’Église. Jean, le prénom, par référence à Baptiste et à l’Évangéliste. XXIII pour effacer une équivoque historique, selon laquelle un pape qui portait ce nom devint par la suite antipape. Dès qu’il se présente à la foule massée sur la place Saint-Pierre, il soulève les enthousiasmes, même si son nom ne leur évoque pas grand-chose. Sa silhouette, son visage, son allure ouverte et sa bonhomie familière – mélange habile de diplomatie et de prudence, ces dons cultivés pendant des décennies dans les nonciatures et les délégations – plaisent immédiatement.Le 4 novembre 1958, il est solennellement intronisé à Saint-Pierre, devant une foule immense. Vingt jours après, il nomme vingt-trois cardinaux – parmi lesquels Montini –, et commence alors son pontificat « particulier ». Ses premières visites sont consacrées aux prisonniers de la prison Regina Cœli, à Rome, et aux malades des hôpitaux.C’est un vrai bouleversement : la lenteur bureaucratique de la Curie est bousculée et les formalismes sont dépassés. Alors qu’il écrit une de ses premières encycliques, son secrétaire d’État, relisant quelques feuillets manuscrits, lui fait remarquer que certains mots n’appartiennent pas à la langue italienne. « Même le dictionnaire Palazzi ne les cite pas », remarque le cardinal. Et le pape Jean répond, dans un sourire : « Eh bien, nous réformerons aussi le Palazzi. »Le 25 janvier 1959, le nouveau pape, vêtu de sa robe d’évêque de Rome, annonce, en l’église Saint-Paul-hors-les-Murs, la célébration imminente d’un synode pour le diocèse de Rome et d’un concile pour l’Église catholique. C’est le fameux « concile Vatican II ».La nouvelle fait l’effet d’une bombe. Dans les notes laissées par son prédécesseur, Jean XXIII a trouvé l’amorce du concile. Mais Pie XII avait sans doute jugé l’initiative prématurée et avait souligné les risques d’une telle opération pour l’Église. Le pape Jean, lui, ose. Il veut que tous les hommes de l’Église puissent parler, qu’ils confrontent leurs expériences, leurs idées, surtout sur le plan de la communion fraternelle et ecclésiastique. Car l’Église a besoin que ses fils parlent et témoignent. Et les fidèles, eux, attendent de leurs pasteurs la clarté.La même année, il publie sa première lettre encyclique, Ad Petri Cathedram. Entre fin 1959 et début 1960, huit cardinaux sont nommés. À mesure que leur nombre augmente, l’Église s’enrichit d’expériences nouvelles. En 1960, après avoir élevé à la pourpre cardinalice un Africain, un Japonais et un Philippin, Jean XXIII révolutionne de nouveau l’Église en recevant le primat de l’Église anglicane. Dans le même temps, il rencontre d’autres frères séparés de l’Église et ouvre la voie à des études sur les sociétés ésotériques et initiatiques, et sur leurs relations avec l’Église. Prémices d’une opération qui doit conduire au dépassement de l’excommunication pour les francs-maçons.En 1961, il nomme quatre nouveaux cardinaux et reçoit les souverains d’Angleterre, Élisabeth II et Philippe d’Édimbourg, puis ceux de Belgique, Baudouin et Fabiola. C’est la même année que paraît une de ses plus extraordinaires encycliques, la Mater Magistra, œuvre fondamentale pour la pensée moderne de l’Église : l’esprit de Jean XXIII y explose dans un embrasement d’enthousiasme pour le monde et les hommes. Le Christ est à tous, même à ceux qui le rejettent, l’Évangile à tous. Et le monde répond à cet enthousiasme avec une chaleur rarement témoignée dans pareil cas. Mater Magistra donne du souffle aux voix qui se préparent au concile, l’Église y trouve courage et force, on y redécouvre des choses oubliées et qui appartiennent à une tradition d’authenticité, dont le pape Jean XXIII ne s’écartera jamais – malgré certaines campagnes de presse calomnieuses qui voudraient faire croire le contraire.En 1961 toujours, le secrétaire d’État Domenico Tardini disparaît. Il est remplacé par le cardinal Amleto Cicognani. En novembre, le pape envoie son encyclique Aeterna Dei et, à Noël, la lettre qui annonce le concile Vatican II pour 1962.Tout en se préparant pour ce grand événement, Jean XXIII trouve le temps de nommer dix nouveaux cardinaux, de recevoir des chefs d’État et de se rendre en pèlerinage à Lorette et Assise. C’est, depuis des siècles, le premier pape qui s’éloigne du Saint-Siège. Sur son passage, les foules se pressent et lui manifestent un attachement toujours croissant.Le monde entier assistera, le 11 octobre, à l’inauguration officielle de la première session du concile. À travers ses Pères, l’Église s’affronte et se rencontre, dialogue, s’observe et s’ouvre. Le 25 novembre, jour de son quatre-vingt et unième anniversaire, le pape subit une première attaque de son mal. Le 8 décembre, il lève la première session du concile et annonce une nouvelle convocation pour le mois de septembre suivant. Mars 1963. Au grand scandale du monde occidental et des conservateurs en général, Jean XXIII reçoit Rada Krusciova, fille du Premier secrétaire soviétique, et son mari, le journaliste Alexei Agiubei.Le jour du Jeudi saint, il rend publique son encyclique Pacem in Terris : son discours prend une ampleur universelle, l’humanité tout entière est impliquée dans le message de rédemption du christianisme, contenu dans l’élément « Amour, Paix et Tolérance ». Des barrières s’effondrent. L’Église a un visage nouveau – qui, en réalité, est le sien depuis toujours, si l’on fait une analyse critique, historique et sociale des différents moments qu’elle a vécus, et des victoires qu’au nom de l’homme et de son progrès elle a remportées. Dans Pacem in Terris, la Cité de Dieu devient Cité de l’Homme. Le discours œcuménique, déjà courageusement amorcé par le concile, mêle ces deux concepts à travers la voix du Saint-Père : ferme et douce à la fois, celle-ci est l’authentique interprétation du christianisme par le Vicaire de saint Pierre qui fonda cette Église.Il ne suffit pas de découvrir le Christ-Dieu dans le mystère de la Trinité, dans la Parole et la Révélation, dans le Sacrifice et le Salut. Il faut aussi découvrir le Christ-Homme. Le Christ dans le frère, l’ami ou l’ennemi. Le Christ dans chaque être humain. Le découvrir, grâce à cet amour qui est, de tous les actes chrétiens, le plus courageux : ici réside le véritable enseignement de Jean XXIII, d’une Église non pas nouvelle, comme on le dit à tort, mais rétablie dans ses valeurs immuables.Sans doute est-ce là la seule explication de la sympathie profonde que tous – y compris les non-croyants – ont témoignée à ce pape, qui a su rénover la réalité humaine du Christ. Ne s’est-il pas constitué lui-même témoin de cette réalité en apportant à tous la Parole du Christ-Dieu et du Christ-Homme, tout en s’opposant à l’esprit conservateur et aux privilèges ? À un malheureux, qui disait n’être pas touché par la foi, quelqu’un répondit : « Tu ne crois pas en Jésus-Christ, mais sache que l’important est que Lui croit en toi. » Christ-Dieu. Christ-Homme. Mystère de la foi, qui prend ses racines en chacun de nous. Ce quelque chose qui nous appartient et que le pape Jean XXIII a seulement rappelé en nous donnant la force de faire renaître en nous ce mystère.Mystère profondément initiatique aussi, car comment ne pas retrouver, dans le témoignage du pape Jean, les enseignements de Hermès Trismegistus sur la « réalité de la Chose unique », ou l’affirmation de Pythagore, ce grand initié, quand il parle de « l’homme qui doit devenir l’égal de Dieu », dans ses « Vers d’or » ?Si une lecture profane de ces vers pythagoriciens peut mener à des considérations de type faustien, une lecture initiatique, symbolique, qui sous-entend la connaissance de la clé exacte de ces vers, révèle des coïncidences avec l’exemple donné par le pape Jean XXIII, tout entier mêlé à la tradition chrétienne. Jean XXIII apparaît en public pour la dernière fois en 1963, à l’occasion de la fête de l’Ascension. Il est à la fenêtre de son bureau. Les mots qu’il prononce sont empreints de douceur, de simplicité, d’humanité. Puis, ce 3 juin 1963, frappe la mort, vide impossible à combler. Avec lui, en chacun de nous s’éteint une petite flamme. Le 18 novembre 1965, le concile Vatican II travaille à temps plein. Les volontés du pape Jean XXIII sont accomplies. Le nouveau pape annonce que Pie XII et Jean XXIII seront béatifiés. Angelo Roncalli, qui fait déjà partie de l’Histoire, s’apprête à accéder au rang des Bienheureux.On donnera de lui mille définitions, les unes par excès de sympathie, les autres par souci d’instrumentalisation, d’autres encore pour tenter de faire un peu leur une figure qui ne nous abandonnera jamais. « Pastor et Nauta », l’homme venu de la terre bergamasque et de la cité des eaux, Venise. On le surnommera aussi le « Bon Pape ».Je ne crois pas qu’il en serait content. Parce qu’il n’y a pas, dans l’Église, de bons ou de méchants papes, il n’y a que des papes, sans qualificatif. Cela, Jean XXIII le savait. Et il sut le démontrer.L’HISTOIRE DES PROPHÉTIESPour ce qui est des dons spirituels, frères, je ne veux pas vous voir dans l’ignorance.Corinthiens, 12:1Un village au pied de l’imposante forteresse, où le comte Alexandre de Cagliostro fut emprisonné, Saint-Léon-de-Montefeltro. C’était au soir d’une de mes nombreuses visites à la cellule, où le « maître inconnu » fut emmuré vivant. Dans la cour, sous la conduite de la guide, impeccable et ponctuelle, les derniers touristes se préparaient à partir. J’hésitais encore. Appuyé au muret, je regardais le mont en forme de tortue, que Cagliostro évoque dans une de ses nombreuses prophéties (« Je souffrirai auprès de la tortue. »). Les témoignages ne manquent guère sur l’ampleur de ses souffrances, et il faut être de parti pris ou refuser toute analyse historique pour continuer à croire que Alexandre de Cagliostro ne fut qu’un petit aventurier, et non ce grand initié que nous connaissons aujourd’hui.Un vieil homme et son chien se tenaient tout près. Il me semblait reconnaître le visage de l’homme, sans pour autant m’en souvenir. Vêtu de gris, la peau olivâtre et les cheveux blancs, il avait un air oriental. Pendant une demi-journée, il avait tourné dans la cour, sans but apparent, suivi de son brave chien-loup. L’homme paraissait connaître l’endroit et ses plus petits secrets. Longtemps, il était resté assis sur le muret d’où l’on distingue ces fameux cercles qui inspirèrent Dante, banni à Saint-Léon pour son « Chant de l’Enfer ». Longtemps, il était resté dans la cellule de Cagliostro, seul. Sur le lit en bois, il avait laissé un bouquet de roses, lié par trois rubans : un noir, un blanc, un rouge. Les couleurs initiatiques de la tradition martinienne et gnostique.Son visage me disait quelque chose. Mais l’homme ne semblait pas désirer le contact. Il faisait presque nuit. Je me détachais du mur, décidé à partir, quand le vieillard lâcha la laisse du chien, qui se précipita vers moi et se frotta amicalement. Je le caressai. Puis je relevai la tête. Le vieillard se trouvait devant moi. Il sourit légèrement et je crus de nouveau le reconnaître.— Où en sont vos recherches sur Cagliostro ? me dit-il.— J’avance, un peu grâce à vous. Le document que vous avez déposé chez moi l’autre nuit m’a été très utile. Comme je l’ai déjà raconté ailleurs, les premiers temps où je me suis penché sur des documents inédits pour tenter de faire toute la vérité sur Cagliostro, quelqu’un, une nuit, sonna à la porte de ma maison de Milan. J’ouvris et me retrouvai face à un vieil homme qui, sans se présenter, me remit une petite boîte. « C’est une dette que je dois payer », me dit-il simplement. Et il s’en alla. Dans la petite boîte, il y avait un microfilm reproduisant quelques-unes des pages fondamentales de l’œuvre de Cagliostro, concernant le rituel égyptien de la maçonnerie fondée par lui-même ou encore son testament spirituel. — Ce n’était pas moi, dit le vieillard en se baissant pour attacher la laisse à son chien. Ce n’était pas moi, mais quelqu’un que je connais bien. Cagliostro a besoin de justice, même si tout ne peut être dit sur lui. Certaines choses doivent rester secrètes, et ce, ni par amour du secret, ni par goût sectaire, ni même par volonté élitiste. Vous me comprenez ?

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9782845924970