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livre numérique Souci de soi, conscience du monde

Souci de soi, conscience du monde

Armand Colin (juin 2012)

Résumé

Du même auteur Sacrée médecine. Histoire et devenir d’un sanctuaire de la raison,(avec J. Baubérot), Entrelacs, 2011.Les évidences universelles, Les éditions de la Librairie de la Galerie, 2011.De l’humain.  Nature et artifices (dir.), Actes Sud, 2010.Religions et valeurs en France et en Europe (dir. C. Dargent et B. Duriez),L’Harmattan, 2009.À la rencontre du  Dalaï-lama. Mythe, vie et pensée d’un contemporaininsolite, Flammarion, 2008.Une laïcité « légitime ». La France et ses religions d’État, Entrelacs, 2006.Normes et  bouddhisme (dir.), CNRS / Presses universitaires de Strasbourg, 2006.Le Bouddhisme mondialisé,  Ellipses, 2004.Géopolitique du christianisme (dir. B. Pont), Ellipses, 2003. Jésus,  Bouddha  d’Occident, Calmann-Lévy, 1999.Être bouddhiste en France aujourd’hui (avec B. Etienne), Hachette, 1997 ;Poche Pluriel, 2004.Illustration de couverture : Margaret Carsello, World Religions/© Images.com/Corbis Réalisation de couverture : Thierry Müller© Armand Colin, 20129782200281830 Internet : www.armand-colin.frTous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous pays. Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées dans le présent ouvrage, faite sans l’autorisation de l’éditeur, est illicite et constitue une contrefaçon. Seules sont autorisées, d’une part, les reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, les courtes citations justifiées par le caractère scientifique ou d’information de l’œuvre dans laquelle elles sont incorporées (art. L.-122 4, L.-122-5 et L.-335-2 du Code de la propriété intellectuelle).ARMAND COLIN ÉDITEUR • 21, RUE DU MONTPARNASSE • 75006 PARIS à Flo qui, toujours, m’a maintenu à flotIntroduction Métamorphose mythologique IMAGINEZ UNE SECONDE que vous avez hiberné pendant vingt ans, plongé dans le sommeil le plus profond depuis le début des années 1980, et que vous vous êtes soudain réveillé à l’orée de ce troisième millénaire. En scrutant de banales affiches publicitaires dans la rue près de chez vous, en entrant dans la pharmacie ou l’épicerie du coin, vous éprouveriez sans doute le sentiment étrange de ne plus vivre dans une ville normale, mais qu’une  communauté  new-age ou un groupe de  hippies a pris possession du quartier. Vous liriez sur un des rayons du plus banal commerce que tel riz ou tel légume est  authentique, et possède de mystérieuses propriétés, que ces victuailles peuvent vous régénérer grâce à leurs fibres, vous purifier de l’intérieur, pour ainsi dire, presque vous laver de vos souillures morales, et qu’elles vous permettent, en outre, d’entrer en contact avec la  nature, si ce n’est même de sauver la planète, et cela seulement en les achetant et les consommant.De retour en hâte chez vous après être passé chez le buraliste pour vous procurer quelques journaux, vous vous mettriez à les parcourir pour glaner quelques nouvelles fraîches, puis à regarder la télévision en prime time, et vous réaliseriez alors que votre quartier n’est pas une exception. Pour évoquer le  bonheur en général, les bienfaits particuliers d’un jus de fruit, ou les qualités d’une station de ski, on affichera la photo d’un  individu assis en tailleur, index et pouce en contact, arborant un sourire de contentement relaxé, avec en arrière-plan un paysage grandiose : paix intérieure et extérieure,  l’individuel et le  global. Vous vous diriez alors, un peu effaré, qu’il a dû se passer quelque chose de renversant pour que ces signes omniprésents fassent sens, pour que personne ne s’étonne de l’étrangeté de ces icônes publicitaires.Ce que nous croyons sans le savoirCette absence d’étonnement démontre justement que ces signes font sens sans avoir à être réfléchis. Ils font sens à nos sens sans avoir à être explicitées rationnellement, sans avoir à traverser notre réflexion. Vous pourriez vous dire alors à l’unisson du constat blasé, et désespéré, d’un  Cioran – observateur venu d’une autre époque mais participant néanmoins, bien sûr, à la condition humaine – que, décidément, « nous croyons tous à beaucoup plus de choses que nous ne pensons […], [que] l’homme est l’être dogmatique par excellence [et que] ses  dogmes sont d’autant plus profonds qu’il ne les formule pas, qu’il les ignore et qu’il les suit[1] ». Les « dogmes » – qui, dans l’acception de  Cioran, équivalent à ce que nous appellerons plutôt les mythes (le dogme pouvant être construit logiquement et donner lieu à des réflexions théologiques, alors que le  mythe est un  imaginaire structurant ponctué d’histoires et d’images exemplaires constituant une  mythologie) – ne sont pas formulés clairement parce qu’ils ne visent pas à démontrer, à provoquer une adhésion rationnelle, mais à faire sentir un sol et à provoquer une  adhérence émotionnelle à ce sol, le sentiment que la vie a une direction, une cohérence secrète et diffuse. Le  sol mythique absorbe ainsi au quotidien, dans sa structure même, le hasard, l’arbitraire, l’injustice, l’incompréhensible. Ce qui compte dans ce domaine n’est pas ce qui est dit explicitement, ce qui est présenté ouvertement à la jugeote et au jugement, mais ce qui est raconté, ce qui émerveille ou attriste, ce qui est émotionnellement évident. Il ne s’agira jamais dans cet ouvrage de porter un jugement sur la vérité ou la fausseté de ce qui est ainsi raconté. Il ne s’agira jamais d’être pour ou contre, de railler ou d’encourager, mais de constater et de comprendre.Les vérités indéniables de la  mythologie – lorsqu’il s’agit d’une  mythologie actuelle, autrement dit vivante parce qu’elle agit sur nous, sur nos valeurs, sur nos  choix concrets de tous ordres, professionnels et même amoureux – prospèrent en amont de toute adhésion réfléchie, de toute opinion explicite, et composent une musique propre à mobiliser des sentiments et à provoquer une dévotion naturelle, qui permet à l’athée lui-même de continuer à vivre en croyant à quelque chose (même s’il persiste à se faire croire qu’il ne croit en rien). L’absence d’une telle  adhérence se traduirait par l’anomie si bien décrite par  Durkheim. L’anomie ou absence de normes, de normes intériorisées bien sûr et surtout, peut se manifester par un relâchement du lien social, du sentiment d’appartenance à la même collectivité, et aller jusqu’à provoquer, dans certains cas rares mais cliniquement caractéristiques, ce type de suicide que  Durkheim appelle le suicide  anomique, qui ne répond à aucune contrainte ou incitation, et qui n’est ni refus de la vie ni obéissance à une idéologie mortifère. C’est un suicide sans cause, qui s’inscrit dans l’absence d’identification à des images, à des histoires, à des héros, à des buts, qui ressemble assez à cette situation neurasthénique, ou de mélancolie, si bien décrite dans La Nausée de  Sartre (Melancolia étant le titre originel du roman ; précisons que pour  Sartre, contrairement à la position que nous adoptons ici, il ne s’agit pas d’une simple situation psychique et sociale mais de la situation existentielle de l’homme). Bref, l’anomie est une chute, une perte  d’adhérence mythologique pourrions-nous dire.Un siècle de dépressionLes  sociétés industrielles avancées, autrement dit le monde dans lequel vivent aujourd’hui les plus nantis d’entre les humains, semblent avoir connu au cours du XXe siècle, en partie en raison du changement d’échelle sur laquelle s’opèrent les rapports humains (de l’échelle nationale à l’échelle globale), ce que l’on pourrait appeler une période de transition  anomique, qui s’est manifestée par une perte de portance mythologique si l’on veut (l’autre nom de la neurasthénie ou de la mélan[1].  Cioran, Précis de décomposition, Paris, Gallimard, 1949, p. 88.

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Résumé

Du même auteur Sacrée médecine. Histoire et devenir d’un sanctuaire de la raison,(avec J. Baubérot), Entrelacs, 2011.Les évidences universelles, Les éditions de la Librairie de la Galerie, 2011.De l’humain.  Nature et artifices (dir.), Actes Sud, 2010.Religions et valeurs en France et en Europe (dir. C. Dargent et B. Duriez),L’Harmattan, 2009.À la rencontre du  Dalaï-lama. Mythe, vie et pensée d’un contemporaininsolite, Flammarion, 2008.Une laïcité « légitime ». La France et ses religions d’État, Entrelacs, 2006.Normes et  bouddhisme (dir.), CNRS / Presses universitaires de Strasbourg, 2006.Le Bouddhisme mondialisé,  Ellipses, 2004.Géopolitique du christianisme (dir. B. Pont), Ellipses, 2003. Jésus,  Bouddha  d’Occident, Calmann-Lévy, 1999.Être bouddhiste en France aujourd’hui (avec B. Etienne), Hachette, 1997 ;Poche Pluriel, 2004.Illustration de couverture : Margaret Carsello, World Religions/© Images.com/Corbis Réalisation de couverture : Thierry Müller© Armand Colin, 20129782200281830 Internet : www.armand-colin.frTous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction par tous procédés, réservés pour tous pays. Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées dans le présent ouvrage, faite sans l’autorisation de l’éditeur, est illicite et constitue une contrefaçon. Seules sont autorisées, d’une part, les reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, les courtes citations justifiées par le caractère scientifique ou d’information de l’œuvre dans laquelle elles sont incorporées (art. L.-122 4, L.-122-5 et L.-335-2 du Code de la propriété intellectuelle).ARMAND COLIN ÉDITEUR • 21, RUE DU MONTPARNASSE • 75006 PARIS à Flo qui, toujours, m’a maintenu à flotIntroduction Métamorphose mythologique IMAGINEZ UNE SECONDE que vous avez hiberné pendant vingt ans, plongé dans le sommeil le plus profond depuis le début des années 1980, et que vous vous êtes soudain réveillé à l’orée de ce troisième millénaire. En scrutant de banales affiches publicitaires dans la rue près de chez vous, en entrant dans la pharmacie ou l’épicerie du coin, vous éprouveriez sans doute le sentiment étrange de ne plus vivre dans une ville normale, mais qu’une  communauté  new-age ou un groupe de  hippies a pris possession du quartier. Vous liriez sur un des rayons du plus banal commerce que tel riz ou tel légume est  authentique, et possède de mystérieuses propriétés, que ces victuailles peuvent vous régénérer grâce à leurs fibres, vous purifier de l’intérieur, pour ainsi dire, presque vous laver de vos souillures morales, et qu’elles vous permettent, en outre, d’entrer en contact avec la  nature, si ce n’est même de sauver la planète, et cela seulement en les achetant et les consommant.De retour en hâte chez vous après être passé chez le buraliste pour vous procurer quelques journaux, vous vous mettriez à les parcourir pour glaner quelques nouvelles fraîches, puis à regarder la télévision en prime time, et vous réaliseriez alors que votre quartier n’est pas une exception. Pour évoquer le  bonheur en général, les bienfaits particuliers d’un jus de fruit, ou les qualités d’une station de ski, on affichera la photo d’un  individu assis en tailleur, index et pouce en contact, arborant un sourire de contentement relaxé, avec en arrière-plan un paysage grandiose : paix intérieure et extérieure,  l’individuel et le  global. Vous vous diriez alors, un peu effaré, qu’il a dû se passer quelque chose de renversant pour que ces signes omniprésents fassent sens, pour que personne ne s’étonne de l’étrangeté de ces icônes publicitaires.Ce que nous croyons sans le savoirCette absence d’étonnement démontre justement que ces signes font sens sans avoir à être réfléchis. Ils font sens à nos sens sans avoir à être explicitées rationnellement, sans avoir à traverser notre réflexion. Vous pourriez vous dire alors à l’unisson du constat blasé, et désespéré, d’un  Cioran – observateur venu d’une autre époque mais participant néanmoins, bien sûr, à la condition humaine – que, décidément, « nous croyons tous à beaucoup plus de choses que nous ne pensons […], [que] l’homme est l’être dogmatique par excellence [et que] ses  dogmes sont d’autant plus profonds qu’il ne les formule pas, qu’il les ignore et qu’il les suit[1] ». Les « dogmes » – qui, dans l’acception de  Cioran, équivalent à ce que nous appellerons plutôt les mythes (le dogme pouvant être construit logiquement et donner lieu à des réflexions théologiques, alors que le  mythe est un  imaginaire structurant ponctué d’histoires et d’images exemplaires constituant une  mythologie) – ne sont pas formulés clairement parce qu’ils ne visent pas à démontrer, à provoquer une adhésion rationnelle, mais à faire sentir un sol et à provoquer une  adhérence émotionnelle à ce sol, le sentiment que la vie a une direction, une cohérence secrète et diffuse. Le  sol mythique absorbe ainsi au quotidien, dans sa structure même, le hasard, l’arbitraire, l’injustice, l’incompréhensible. Ce qui compte dans ce domaine n’est pas ce qui est dit explicitement, ce qui est présenté ouvertement à la jugeote et au jugement, mais ce qui est raconté, ce qui émerveille ou attriste, ce qui est émotionnellement évident. Il ne s’agira jamais dans cet ouvrage de porter un jugement sur la vérité ou la fausseté de ce qui est ainsi raconté. Il ne s’agira jamais d’être pour ou contre, de railler ou d’encourager, mais de constater et de comprendre.Les vérités indéniables de la  mythologie – lorsqu’il s’agit d’une  mythologie actuelle, autrement dit vivante parce qu’elle agit sur nous, sur nos valeurs, sur nos  choix concrets de tous ordres, professionnels et même amoureux – prospèrent en amont de toute adhésion réfléchie, de toute opinion explicite, et composent une musique propre à mobiliser des sentiments et à provoquer une dévotion naturelle, qui permet à l’athée lui-même de continuer à vivre en croyant à quelque chose (même s’il persiste à se faire croire qu’il ne croit en rien). L’absence d’une telle  adhérence se traduirait par l’anomie si bien décrite par  Durkheim. L’anomie ou absence de normes, de normes intériorisées bien sûr et surtout, peut se manifester par un relâchement du lien social, du sentiment d’appartenance à la même collectivité, et aller jusqu’à provoquer, dans certains cas rares mais cliniquement caractéristiques, ce type de suicide que  Durkheim appelle le suicide  anomique, qui ne répond à aucune contrainte ou incitation, et qui n’est ni refus de la vie ni obéissance à une idéologie mortifère. C’est un suicide sans cause, qui s’inscrit dans l’absence d’identification à des images, à des histoires, à des héros, à des buts, qui ressemble assez à cette situation neurasthénique, ou de mélancolie, si bien décrite dans La Nausée de  Sartre (Melancolia étant le titre originel du roman ; précisons que pour  Sartre, contrairement à la position que nous adoptons ici, il ne s’agit pas d’une simple situation psychique et sociale mais de la situation existentielle de l’homme). Bref, l’anomie est une chute, une perte  d’adhérence mythologique pourrions-nous dire.Un siècle de dépressionLes  sociétés industrielles avancées, autrement dit le monde dans lequel vivent aujourd’hui les plus nantis d’entre les humains, semblent avoir connu au cours du XXe siècle, en partie en raison du changement d’échelle sur laquelle s’opèrent les rapports humains (de l’échelle nationale à l’échelle globale), ce que l’on pourrait appeler une période de transition  anomique, qui s’est manifestée par une perte de portance mythologique si l’on veut (l’autre nom de la neurasthénie ou de la mélan[1].  Cioran, Précis de décomposition, Paris, Gallimard, 1949, p. 88.

Fiche technique

Famille :

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Format :
epub

EAN13 :
9782200281830